Le Citoyen qui ne votait pas

La démocratie moderne

Nous avons tous une idée de ce qu'est la démocratie : le pouvoir du peuple. En France, le peuple, c'est facile, ce sont les 50 millions de majeurs. Le pouvoir c'est plus délicat, on connaît le pouvoir exécutif (police, armée, administration), le pouvoir judiciaire, et le pouvoir politique, legislatif, celui qui encadre les pouvoirs par la loi, qui indique qui a quel pouvoir. Du coup, lorsque l'on parle "du" pouvoir on pense immédiatement à la legislation, puisque de là découle l'organisation de tous les autres.
En France, ce ne sont pas les 50 millions de citoyens qui font et défont les lois, mais des représentants, les députés, nombre oblige.

De nombreux défauts

La démocratie est certainement le meilleur régime que l'on puisse avoir. Bien entendu il ne manque pas de défauts, en voici quelques uns :

Le clivage droite / gauche : Pour ceux qui peuvent se reconnaître dans l'un de ces camps, c'est la division, la guerre contre l'autre partie de la population. Et pour les autres ?
Les programmes électoraux qui proposent un paquet d'idées à prendre ou à laisser, impossible d'y faire le tri nous ne choisissons que la personne qui les portera.
Le pouvoir de décision de l'élu qui peut décider des règles sans le consentement des électeurs. Que le sujet ait été abordé pendant la campagne ou non.
La compétition électorale qui pousse immanquablement à faire des promesses démagogiques[1].
L'immunité juridique d'une promesse électorale[2]. Heureusement que l'on peut encore en rire[3].
L'offre politique issu des partis dont les adhérants ne représentent que 2% du corps électoral.
Les qualités utiles à la victoire électorale (charisme, com, ruse, démagogie...) bien éloignées des qualités pour prendre des décisions sur le bien commun (morale, convictions, honnêteté...).
Un système verrouillé par le principe partisan et l'argent. Si un individu, armé de ses seules convictions peut devenir maire d'une petite ville, il n'en est rien pour les grandes villes et encore moins pour les régions, un état ou une confédération comme les états-unis. Il faut une carrière dans un parti politique puissant et de l'argent, beaucoup d'argent.
La corruption difficile à éviter dans un système opaque qui a besoin de beaucoup d'argent et dont les règles de fonctionnement sont déterminés par ceux là même qui l'utilisent.
Le lobbying qui n'est pas une mauvaise chose en soi mais il est caché, nous n'avons aucun moyen d'en mesurer l'impact et ceux qui sont influencés.
La passivité citoyenne entre deux élections.
Le résultat d'une élection basé sur les votants ce qui implique que si vous ne votez pas pour un candidat, ou si vous votez blanc, vous votez en fait pour les deux candidats à part égale. Nous n'avons donc aucun moyen de rejeter les deux candidats.
Le choix du moins pire est exactement ce que représente l'élection aujourd'hui avec deux candidats présélectionnés.
Tout est fait pour deux grands partis, le principe du "vote utile" en est un bon exemple.
La seule punition possible à l'encontre d'un élu est de ne pas voter pour lui la prochaine fois.

Remise en cause

Ce terme de démocratie est tellement omniprésent, tellement attaché à notre régime qu'on ne se pose plus trop de question à son sujet. On en vient à l'utiliser pour désigner nos sociétés modernes et toutes les valeurs qu'elles défendent comme la liberté, au delà donc de la notion de pouvoir, par opposition aux méchantes dictatures où les élections n'existent pas. Car oui, une élection libre est le symbole de la démocratie.
Nous en arrivons à chérir notre démocratie par amour de nos valeurs de liberté et par rejet de la dictature, tout en dénigrant son organisation et la classe politique qui nous dirige.
Alors allons-y, reprenons tout : qu'est-ce qu'une démocratie ?

La démocratie athénienne

Vous connaissez ? Via les séries, les films et peut être de vieux souvenirs d'école, on assimile la démocratie grecque à la république romaine. C'est à dire en gros un sénat composé d'élus, de l'aristocratie et du peuple. Bref grossièrement le même fonctionnement que chez nous. Logique, puisque ce sont des démocraties.
Vous l'aurez deviné : en fait ça n'a rien à voir.

Retour aux sources

Je vais laisser la parole à Cornelius Castoriadis qui vous expliquera bien mieux que moi la démocratie athénienne :



C'est long, mais ça vaut vraiment le coup. Comme l'image n'a aucune importance, rien ne vous empêche de monter le son et de faire le ménage en écoutant.

Voter les lois

Première claque : les citoyens votaient les lois. Eux même. Je vous laisse deux minutes pour bien intégrer cette notion et en mesurer toutes les conséquences.
...
Chaque citoyen avait exactement la même part de pouvoir législatif que son voisin. Ils pouvaient ainsi réguler eux même tous les autres pouvoirs.
Ainsi donc les ahténiens n'avaient pas de représentants legislatifs, il n'y avait aucun transfert de ce pouvoir primordial. A tout instant, chaque citoyen pouvait utiliser ce pouvoir pour proposer des lois, en abroger, accuser, révoquer... ça donne réellement le tournis.
On comprend beaucoup mieux par comparaison la notion de "citoyen actif" et de "citoyen passif".

La loi, c'est moi

Nous prêtons volontiers cette phrase aux shériffs, aux ministres de l'intérieur ou encore à des héros de bandes dessinés. Et bien elle était aussi valable pour les athéniens. Du coup la vision de chaque citoyen vis-à-vis de la loi change du tout au tout.
J'aimerais reprendre l'exemple de Castoriadis sur la délation : Chez nous, les lois ne sont pas nos lois, ce sont les lois du Roi, héritage historique oblige, le principe est le même avec les députés. Ce sont les lois de l'état, les lois d'un autre. La délation est donc très mal vue car nous devons être solidaire contre ces lois qui ne sont pas les nôtres. Alors que la délation est naturelle dans la grèce antique, parce que les citoyens votent eux même les lois et, conséquence logique, ne vont pas accepter une inffraction.

Doxa

Pour les grecques de l'antiquité, la prise de décision en politique se base sur la "doxa", l'opinion. Il n'y a aucune "techne", compétence, à avoir pour prendre une décision. Sur cette opinion, tous les citoyens sont égaux. Les avis ne se valent pas, mais l'égalité politique est totale.
Ainsi il n'y avait pas de "technocrate", chaque citoyen devait comprendre la loi, ou plus exactement chaque loi devait être compréhensible. Cette notion est parvenu jusqu'à avec le dicton "nul n'est censé ignoré la loi", parfaitement inepte chez nous. Elle avait pourtant du sens dans cette civilisation.

Le côté obscure du pouvoir

Les athéniens avaient conscience du poison qu'était l'exercice du pouvoir. Ils savaient que la nature des hommes n'était pas faite pour y résister. C'est pourquoi les mandats étaient courts, non renouvelables, non cumulables. Le principe de base était la défiance, les hommes au pouvoir étaient surveillés et contrôlés.

Les magistrats


Le licteur, garde du corps du magistrat

Voter des lois, ça pouvait se faire à plusieurs dizaines de milliers de personnes, c'est entendu. Mais il existait des postes à décision, des postes à pouvoir par exemple juge, chef de chantier, chef et guerre, etc. pour lesquels il fallait "une" personne.
Selon le poste les grecques de l'antiquité décidaient si une compétence, une expérience était nécessaire ou non. S'il fallait une compétence, comme pour les chefs de guerre, ces magistrats étaient élus, si aucune compétence n'était nécessaire, comme pour les juges, les magistrats étaient tirés au sort.
Le point important réside dans le mandat impératif[4] : oui, ces individus élus ou tirés au sort avaient un pouvoir (exécutif ou judiciaire). Mais le pouvoir legislatif qui les encadrait restait aux mains de l'ensemble des citoyens. Ainsi les magistrats étaient surveillés, pouvaient être révoqués à tout moment et étaient jugés à la fin de leur mandat, avec punition ou récompense.

Le tirage au sort (TAS)


Klérotèrion de la grèce antique

L'idée m'a bien fait rire. En classe de seconde, personne ne s'est proposé pour être le délégué. Le professeur nous a alors menacé de recourir au tirage au sort. Comme les cancres ne voulaient absolument pas de cette tâche ingrate, ils ont fait pression sur les "bons" élèves afin qu'ils se présentent. Ouf, nous n'avons pas tiré au sort. Voilà à quoi se résumait mon expérience du tirage au sort en politique.
Pourtant le TAS devient une évidence lorsque l'on considère chaque citoyen comme égal et qu'il faut pourtant sélectionner quelqu'un pour une tâche en particulier. Nous faisons instinctivement de même dans les situations similaires. Jeter un dé ou une pièce de monnaie pour dissocier des éléments égaux n'a rien d'extraordinaire en fin de compte.
Le tirage au sort devient un outil évident de sélection face à l'égalité parfaite. D'ailleurs nous le faisons déjà pour les jurés d'assise car nous estimons chaque citoyen, éclairé par le procès, également compétent pour juger une affaire. Pourtant ce n'est pas rien de juger la culpabilité de quelqu'un.
Avec un peu de culture, on s'aperçoit que le TAS a existé tout au long de l'histoire dans les mécaniques démocratiques[5].
Au temps pour le rire d'ignare. En fait le TAS est bien un outil utile en politique, nous l'avons juste oublié.

Organisation politique

La démocratie

Bon et bien voilà nous savons à quoi ressemble une démocratie. Le pouvoir du peuple, dans la grèce antique, c'était bien le pouvoir du peuple, il n'y a aucun doute possible.
Si vous souhaitez connaître un peu mieux l'éclairante terminologie grecque (Ekklesia, Iségoria, etc.), et toutes les idées démocratiques qui en découlent, référez vous au document du Pr. Senzu[6].
Avec tout ça on devrait quand même pouvoir en retirer quelque chose, des principes, des fondements, adapter, chercher de nouvelles idées. Déjà admettre une bonne fois pour toute que le pouvoir corrompt et qu'il faut baser le système sur la défiance, donc transparence absolue, du contrôle partout à tout moment. Des procédures de révocation, des condamnations, des récompenses, mais après le mandat, jamais pendant.
Impossible ?
Sans doute. Mais pourquoi ?
Parce que lorsque la loi concerne le petit groupe qui produit la loi, nous entrons de plein pied dans le conflit d'intérêt. Aussi honnêtes et intègres soient-ils jamais ils ne mettrons ces mesures en place. Vous le feriez vous ?
Avouez que c'est problématique de ne pas pouvoir légiférer sur les legislateurs.
Je vous propose d'aller voir à la révolution française, ceux qui ont mis en place ce système devaient conscience de ces problèmes.

La révolution française

Voilà un peu plus de 200 ans que notre république a été mise en place avec le suffrage universel. De même qu'aux états-unis. La population s'est soulevé pour renverser la monarchie et prendre le pouvoir. Nous allons voir comment nos ancêtres ont gérés le pouvoir legislatif et le principe de la démocratie.

Un peu d'histoire

Une conférence de Henri Guillemin très prenante sur la révolution française :



La bourgoisie, jalouse de l'aristocratie qui ne payait pas d'impôts sous la monarchie, désirait plus que tout le pouvoir de la gouvernance (normal). Les révoltes étaient monnaie courante puisque le peuple avait tout juste de quoi manger, il suffisait donc de les armer pour renverser la monarchie. Lors de la montée du prix du pain, l'occasion fut saisie. Puis, comme un peuple armé faisait peur, les bourgeois ont racheté les fusils et créé la Garde Nationale (anciennement "gardes bourgeoises"[7]), pour surveiller la population, afin qu'elle n'aille pas plus loin que le renversement monarchique (manquerait plus qu'elle réclame la redistribution des richesses).
La vraie révolution a eu lieu en 10 août 1792[8], avec la chute définitive de la monarchie, le début de la Terreur et l'instauration du suffrage universel. 85% des français qui ne savent ni lire ni écrire. 1'300'000 personnes voteront sur les 5-6 millions de citoyens (hey, 75% d'abstention quand même). Résultat : sur les 750 membres de la nouvelle assemblée, 2 seulement appartenait à la classe ouvrière, tous les autres sont des notables.
Mais on va pas se plaindre c'est toujours mieux qu'une monarchie.

Espèce de sale démocrate !

Pendant la révolution française, le peuple était considéré par la bourgeoisie comme incapable de se gouverner lui même. A juste titre ? Peut être. Du coup "démocrate" était un terme péjoratif pour désigner ces extrêmistes qui voulaient donner le pouvoir au peuple (les fous). Mais ce ne sont pas les démocrates qui ont remportés la partie, notre constitution est née sur un système qui n'était pas du tout voulu comme une démocratie, bien au contraire.

Emmanuel Joseph Sieyès

"Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S'ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l'être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants."

Discours du 7 septembre 1789

Fou non ?
La révolution n'a en fait jamais eu pour objectif de développer la démocratie, le seul objectif était de remplacer une aristocratie héréditaire par une aristocratie élective, donc bourgeoise car ces derniers savaient très bien que l'élection porterait au pouvoir des bourgeois, comme le souligne si bien Alexis de Tocqueville : "Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira.".
Qu'en est-il aujourd'hui ? Je vous laisse deviner[9].

La dérive du mot démocratie

En terme de corps possédant le pouvoir legislatif la France n'a jamais été une démocratie. Les fondateurs de notre république avait une sainte horreur de ce système, il n'était pas question de donner le pouvoir au peuple, peu cultivé, trop prompt à l'émotion, incapable de penser le bien commun. C'est une idée élitiste discutable mais que l'on peut entendre. Aujourd'hui, nous sommes dans le même système politique de gouvernement représentatif, mais alors pourquoi est-ce que la France d'aujourd'hui est obligatoirement considérée comme une démocratie ?
La dérive du mot s'amorce dans la première partie du 19ème siècle pour des raisons... électorales. Se présenter comme "démocrate", c'était défendre les pauvres, plus nombreux, contre les riches, et par conséquent ratisser des intentions de vote[10].



Pour accompagner cette dérive il y avait toute une idéologie naissante sur la démocratie, afin de lui donner un autre sens. La pensée de Alexis de Tocqueville[11] sur le sujet est très éclairante : il oppose d'un côté une société aristocratique figée et héréditaire et d'un autre côté une société "démocratique" basée sur la liberté et l'égalité où le riche peut s'apauvrir et le pauvre s'enrichir.
Il ne faudrait donc plus voir la démocratie dans son sens politique (quel corps possède la pouvoir législatif), mais dans un sens social. C'est à dire que la population, par sa liberté et les possibilités qui lui sont donné, dispose d'un pouvoir d'orientation de la société. Il faut donc prendre ici "cratos" comme une influence.

La contrefaçon linguistique

A force d'ajouter des idéaux au mot de démocratie, à force de le définir en opposition à d'autres systèmes, à force d'étendre sa définition à des approximations, le mot lui même signifie tout et son contraire.
Une dilution du sens qui engendre ce paradoxe bien connu entre notre certitude de vivre en démocratie, donc d'avoir le pouvoir, et le constat amer de notre impuissance politique.

Jeux de pouvoirs

En politique, lorsque l'on évoque le pouvoir[12], il s'agit de souveraineté, c'est à dire le pouvoir de fixer les règles. C'est exactement le sens de "cratos" dans les mots d'origine grecque.
Il est très important de comprendre que le pouvoir législatif permet d'encadrer toutes les formes de pouvoir : exécutif, judiciaire, militaire, administratif, médiatique, etc. et aussi législatif ! Ce pouvoir est central.
Dans notre monde moderne, la définition du pouvoir dans le mot démocratie a changé de nature. Il ne sert plus à déterminer quel corps détient le pouvoir (législatif) mais à indiquer qu'un corps possède un pouvoir, dans le sens de "capacité à agir sur", autrement dit une influence.
Nous obtenons ainsi un indice de démocratie[13] qui peut être quantifié dans une structure, selon que l'individu de base peut influencer le pouvoir d'écrire les règles.
Dans cette état d'esprit nous comprenons très bien l'importance de la liberté et de l'élection, deux outils indispensables à un taux de démocratie minimum.
Très bien, pourquoi pas.

Une monarchie démocratique

Si "démocratie" s'applique à tout régime où le peuple a "suffisement" d'influence, on peut l'accoler à de nombreux systèmes. Imaginons une monarchie absolu qui possède une constitution basée sur le droit de la population à posséder des armes et à se battre elle même quand elle le juge nécessaire. Dans cette nation imaginaire il n'y a donc pas d'armée. Le Roi, qui possède le pouvoir legislatif, craint sa population et produit donc des lois en étant très influencé par la volonté de la population qui n'hésite pas à manifester.
Conformément à la définition moderne de la démocratie, ce régime est bien plus démocratique que notre république dans la mesure où la population dispose d'une capacité d'influence bien supérieure.
Du coup on est en droit de se demander s'il est judicieux de baser la définition du meilleur régime possible sur une notion aussi délicate à mesurer et aussi facilement détournable que la volonté populaire et son influence supposée ou réelle. C'est d'ailleurs pour cette raison que les dictatures se disent démocratiques. Vous connaissez l'appellation du régime de la Corée du Nord ?
"La République populaire démocratique de Corée"

La démocratie directe

La démocratie au sens antique du terme est appelée "démocratie directe", comme s'il s'agissait d'un sous-système de notre démocratie moderne. C'est juste abhérrant. Ce devrait plutôt être notre régime représentatif qui devrait s'appeler "démocratie indirecte", non ?

Démocratie, corporatocratie et particratie

Mettons nous quelques minutes à la place de l'élu. La population dispose d'un pouvoir (une influence) sur vous, c'est indéniable. C'est elle qui va glisser un bulletin dans l'urne. Il faut donc la convaincre que vous êtes le meilleur, ou moins pire que l'autre pour être exacte. Il faut faire des promesses (après étude de rentabilité électorale), si possible les tenir pour la réélection. Sinon faire preuve de démagogie, présenter les choses au mieux pour éviter la casse. Mais il n'y a pas que la population qui est importante. Il y a aussi les financeurs qu'il va falloir contenter pour la réélection et le parti politique dans lequel l'élu fait carrière.
De fait, ceux qui financent les élections ont une grande influence, le parti politique aussi.
Si "cratos" désigne l'influence, pourquoi nous n'écrivons pas dans notre constituion "corporatocratie" et "particratie" à côté de "démocratie" ?
On peut débattre de l'importance de ces corps, mais il semblerait qu'ils soient au moins aussi influents que le corps électoral.

Le vrai visage du régime représentatif

Pour tout digne héritier de Platon il n'y a aucun problème à penser qu'une élite est mieux placée que l'ensemble de la population pour décider du destin de la nation. Après tout, si l'élection permet de donner le pouvoir aux meilleurs d'entre nous le principe est parfaitement défendable, comme tel. Tout comme le disait Aristote : "Les élections sont aristocratiques et non démocratiques : elles introduisent un élément de choix délibéré, de sélection des meilleurs citoyens, les aristoï, au lieu du gouvernement par le peuple tout entier.".

Du sens des mots

En France, techniquement, ce sont les députés qui ont le pouvoir politique. La France ne devrait donc pas être considérée comme une démocratie. Nous devrions plutôt parler d'oligarchie[14], un "petit groupe qui commande", à savoir les politiciens professionnels, même si la rotation se fait entre deux grands partis. Mais ce mot ne nous donne pas beaucoup d'information sur la nature de ce petit groupe.
Nous pourrions construire un nouveau mot : la prosocratie, "prosopos" est utilisé en grecque dans le mot "représentant" et signifie "visage".

Camouflage démocratique

L'entourloupe vient du fait que le régime représentatif ne s'assume pas comme élitiste. Voilà 200 ans que le discours officiel est d'affirmer que le peuple possède le pouvoir, symbolisé par l'article 2 de notre constitution : "le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.".
Cette phrase sonne faux, et pour cause : le peuple n'a pas le pouvoir. D'où l'importance de la déformation du mot "pouvoir", pour pouvoir tenir ce discours officiel tout en expliquant sereinement en quoi le peuple a le pouvoir.
La moindre des choses, si l'on est un peu honnête et que l'on souhaite conserver l'élection de réprésentants, serait tout d'abord de cesser d'affirmer que ce régime est "le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.".

L'impossible rêve

Maintenant que la population est persuadée de vivre en démocratie, qu'elle est persuadée d'avoir le pouvoir, tout est terminé. Les plus rebels d'entre nous chercheront des améliorations, immédiatement anéanties dès que l'on s'approche des prérogatives des gouvernants qui gardent la main sur la loi. Pour les autres c'est la résignation, le rêve bloqué. Quoi de mieux que la démocratie, de toute façon ? Rien. A quoi bon se révolter alors...
Je ne sais pas qui a eu cette idée brillante de récupérer le mot démocratie pour le compte du régime représentatif, mais en tout cas en terme de stérilisation des révoltes c'est brillant !

Le combat incompréhensible

Par définition l'élection est anti-démocratique puisqu'elle prive le citoyen de son pouvoir législatif, le transférant au représentant. Ce faisant, contester la démocratie moderne, remettre en cause la seule capacité d'influence du peuple (l'élection), c'est se retrouver cataloguer dans les fascistes et autres anti-démocrates.
Nous assistons à un combat entre démocrates (de la définition moderne) et démocrates (de la définition antique) qui s'accusent mutuellement d'être anti-démocrates. Pour l'individu lambda c'est à n'y rien comprendre.

Le complot sémantique

On peut imaginer qu'avec machiavélisme les politiciens au 19ème siècle voulaient s'approprier un mot aussi populaire que "démocratie" et l'attacher à leur régime représentatif, pour tous les avantages que cela représentait : déclarer le terminus politique, faire oublier le rêve démocratique, tuer dans l'oeuf toute véléité de révolte, pouvoir livrer tout adversaire du régime à la vindicte populaire, dépouiller les vrais démocrates de leur arme, gagner l'adhésion de la population, etc. Le changement du sens de "démocratie" devient alors un passage obligé, une justification sans laquelle la manipulation est facilement décelable.
L'alternative consiste à imaginer comme sincère la vision du pouvoir du peuple, son influence sur l'évolution de la société, avec l'importance de la liberté et l'usage du mot "démocratie" pour désigner une société. Si cette pensée est sincère, pourquoi dans ce cas un mélange des genres lorsque l'on entre dans le cadre technique du système politique ? Pourquoi ne pas avoir inventé un autre mot tel que "prosocratie" pour désigner un régime représentatif ? Ou au moins de parler de "démocratie indirecte" ? Pourquoi utiliser des grandes phrases laissant penser que le peuple a le pouvoir au lieu de parler d'influence ? Pourquoi ne jamais évoquer les autres corps d'influence dans la définition du régime représentatif ? Pourquoi tout est fait pour maintenir la confusion à l'encontre de la population ?
Qu'il y ait eu un complot des politiciens à l'origine, nous ne le saurons jamais. Ça n'a pas grande importance. Ce qui est important c'est de constater que la récupération idéologique de la démocratie a eu lieu à des fins électorales et qu'aujourd'hui il est difficile d'en sortir.
Les hommes politiques n'y ont aucun intérêt - ils risquent leur boulot - et le reste de la population se plaît à croire qu'elle possède le pouvoir.
Mais il n'y a pas de fatalité, une fois que le blocage a sauté, nous pouvons à nouveau rêver.

Comparons

Nous allons faire un effort d'imagination pour mettre en place une démocratie (une vraie) en France. Le peuple devient souverain, c'est le peuple dans son ensemble qui propose et vote les lois, non plus les députés. Oh, attention, nous conservons les élus et les élections, le système reste tel quel, quitte à continuer d'élir des députés dont le seul rôle sera d'animer les débats politiques.
Et on compare. Prêt ?

Maîtrise de la loi

Dans une prosocratie la population peut faire pression pour engager des changements, mais dès que l'on entre dans une zone sensible (tout ce qui peut aller à l'encontre de l'intérêt du legislateur : finance, contrôle, etc.) le peuple peut toujours se gratter. Bon, pour faire plaisir, les hommes de pouvoir s'engageront de tout leur coeur sur des sujets de société qui ne les affecte pas.
Dans une démocratie, le peuple est gouvernant et gouverné. Rendez vous compte : on a éliminé l'épineux problème du conflit d'intérêt ! Les cadres des autres pouvoirs (exécutif, judiciaire, administratif, etc.) peuvent être remaniés. Ainsi le peuple peut reprendre le contrôle de certains pouvoirs décisionnels (exécutif), au niveau de la cité, de la région ou de l'état.
Par exemple le vote du budget, tant au niveau local que national reviendra très certainement dans les mains des citoyens. De même pour la distribution des marchés publics.
Les possibilités sont infinies.

Les hommes de pouvoir

Ceux qui se présentent aux élections d'une prosocratie veulent le pouvoir - c'est la moindre des choses - mais pas seulement. Ils se sentent capable de vaincre leurs concurrents, de se battre pour obtenir ce pouvoir. Même si l'on reste dans le cadre de la légalité - rire ? - les gens qui sont candidats sont ceux qui désirent le plus ce pouvoir, au point d'en être une drogue. Ceux qui sont prêt à tout auront un avantage indéniable. Ils ont aussi besoin d'argent pour leur campagne, c'est très bien s'ils parviennent à trouver de manière légale et transparente - rire ? - mais le système reste propice à la corruption. Et bien entendu nous subissons cette détestable démagogie car le candidat a bien besoin du plus grand nombre de voix.
Est-ce vraiment une bonne idée de laisser ces gens là décider de tout ?
Dans une démocratie les hommes de pouvoir sont mandatés à des tâches précises. La population garde le pouvoir législatif et conserve donc le contrôle de la situation, pouvant instaurer plus de contrôle ou alourdir les peines. Nous sommes très loin du panier à crabe de la prosocratie.

La compétence du peuple

Oui dans notre prosocratie actuelle le peuple est probablement incapable de s'émanciper politiquement. Mais contrairement à ce que veulent faire croire les prosocrates détracteurs de la démocratie, ce n'est pas une fatalité, la population n'est pas incapable de gouverner par nature. Elle le devient en étant écartée de la politique, et maintenue le plus loin possible à grand coup de discours technocratiques et paternalistes. Les grecques dans l'antiquité l'ont fait, ils n'étaient pas moins idiots que nous.
Il s'agit donc d'un faux problème. La population redeviendra parfaitement capable de gouverner quand on lui en donnera l'occasion.

L'abstention

Un problème qui s'aggrave jour après jour dans notre régime représentatif. Que donnerait ce phénomène dans une démocratie ? Et bien, peut être un taux d'abstention encore plus élevé. Donc au lieu d'avoir une élection avec 40% d'abstention, on aurait une loi votée avec 60% d'abstention.
De quoi combattre la démocratie ? Oui, si l'on considère l'abstention comme un problème.
Maintenant, quitte à boulverser nos idées reçues, on peut se demander pourquoi l'abstention est un mal profond encré dans notre esprit collectif ?
La réponse est simple : parce qu'il s'agit d'une réelle catastrophe dans le cadre de l'élection car les élus sont considérés comme illégitimes. Nous parlons de révoltes potentielles, ce n'est pas rien. On peut donc comprendre que l'abstention soit perçue comme un problème.
Vous le sentez probablement venir : l'abstention n'est pas un problème dans le cas d'une votation de loi. Pas de représentants pour faire la loi, pas de problème de légitimité de la loi. En effet les individus ont parfaitement le droit de ne pas voter une décision si ça ne les intéresse pas, s'ils ne se sentent pas concernés, si la présence ou l'absence de la loi leur convient également ou s'ils s'estiment pas assez informés et préfèrent laisser leurs concitoyen décider.
Par exemple je n'ai pas le permis, je n'ai pas de voiture, du coup une règlementation de la vitesse sur autoroute, je m'en fiche complètement, je m'abstiendrai, ou je voterai blanc (c'est exactement pareil dans une démocratie), c'est à dire moitié "oui" moitié "non", c'est exactement le sens de mon opinion.

La corruption

Mettons nous à la place d'une compagnie qui dispose d'un budget "cadeau" conséquent, prête à s'installer dans une démocratie ou dans une prosocratie, au choix. D'un côté vous avez une poignée de politiciens qui ont besoin d'argent pour leurs campagnes électorale et qui, une foi élu, ont tout pouvoir sur les lois. De l'autre vous avec une population entière qui fait la loi... et des magistrats sous surveillance aux pouvoirs limités.
Je choisirai sans hésiter la prosocratie, j'y aurais plus de possibilités.

La manipulation médiatique

Dans une démocratie la population vote les lois et peut se faire facilement manipuler par les médias. Les véritables décisionnaires seront donc ceux qui ont les moyens d'impacter sur le plus grand nombre.
C'est parfaitement vrai.
Mais il ne faut pas oublié que les députés ne sont pas moins sensibles à ces manipulations.
Quand bien même. Le plus important reste qu'en démocratie, la population décide de la loi. C'est un concept qui n'est pas simple à appréhender pleinement. Les grecques de l'antiquité avaient mis en place l'ostracisme, c'est à dire le bannissement d'un individu que l'on jugeait trop dangereux par sa capacité à manipuler les foules. Dans une démocratie, qu'est-ce qui empêche la population de donner une véritable indépendance aux médias ? Rien, justement.
Plus généralement la démocratie peut poser de nombreux problèmes, mais elle possède intrinsèquement la possibilité de les régler rapidement et efficacement. C'est sa grande force.

La politique

La politique c'est l'organisation de la vie en commun. Nous faisons tous de la politique, et nous aimons tous ça. Malheureusement le mot politique s'est vu entâché de toutes les tares de la prosocratie. Quand vous entendez parler de "politique politicienne" ou de "bête politique", de "manoeuvre politique", prenez conscience que tout ceci n'a strictement RIEN à voir avec la politique. C'est uniquement en rapport avec l'élection de représentants.
Une démocratie permettrait de redonner un sens au mot politique.

Le tirage au sort et l'élection

Je vous invite à retourner au début de l'article pour relire les défauts de notre prosocratie. Tous, ou presque, proviennent de cette compétition destructrice qu'est l'élection des hommes de pouvoir. L'élection n'est pas foncièrement mauvaise, elle peut être utile pour porter le (ou les) meilleur à un poste donné, mais la défiance doit rester de mise plutôt que la confiance (aveugle) que l'on connaît actuellement.
Il ne s'agit donc pas vraiment d'opposer ces deux modes de sélection, mais plus simplement de présenter le tirage au sort que l'on a complètement oublié.
Conceptuellement le tirage au sort peut faire peur. Et en effet, utilisé n'importe comment il va engendrer des situations grotesques voir dangereuses. C'est un outil, rien de plus, comme tout autre outil il faut savoir l'utiliser correctement. Commençons par poser l'idée centrale d'égalité. Si l'on doit sélectionner un certain nombre d'individus parmi un panel plus large, il faut que les individus soient consédérés comme également compétents pour que le tirage au sort soit pertinent.
Prenons le cas d'un policier, cet agent qui dispose d'un permis de violence délivré par l'État afin de faire respecter la loi. Comme il s'agit d'un permis délivré à titre individuel, il n'est pas judicieux de faire un tirage au sort sur la population pour désigner des policiers. Il faut obligatoirement un test d'aptitude pour éviter l'incompétence caractérisée et la dangerosité, comme nous le faisons déjà aujourd'hui. Par contre, comme ce test ne peut pas relever (toutes) les qualités nécessaires au métier de policier (honnêté, intégrité, courage, etc.) nous pouvons considérer que tous ceux qui passent ce test sont également compétents pour devenir des policiers. Le tirage au sort devient pertinent sur cette population reconnue apte. Et il en va de même pour tous les concours.
Mais le tirage au sort est surtout très intéressant dans la formation des assemblées, c'est à dire les cas où la personne tirée au sort ne dispose pas d'un pouvoir individuel, elle ne fera que participer à un groupe qui produira des décisions ou des propositions de façon collégiale. Nous le faisons déjà avec les jurés d'assises - reliquat démocratique de notre histoire - et personne ne trouve rien à redire. Si sur un groupe de 1'000 personnes il y a deux fous et trois nazis, c'est pas bien grave. D'ailleurs la loi des grands nombres[15] nous enseigne que le tirage au sort est encore le meilleur moyen d'obtenir une assemblée représentative ("qui ressemble à") de la population.
Il y a aussi les filtres que nous pouvons appliquer à la population de départ. Nous le faisons déjà en ne prenant que les citoyens majeurs. Mais il existe pleins d'autres idées.
La plus courante est le volontariat. Que je trouve dommage d'appliquer dans certains cas. En effet, un individu modeste ou se jugeant incompétent ne va pas se présenter, alors qu'en étant tiré au sort il accepterait la fonction et l'accomplirait avec une intégrité et une compétence rare. Le tirage au sort devrait être instauré pour les délégués de classe, même avec la possibilité de refuser la tâche.
Nous avons aussi l'idée à récupérer de la démocratie grecque : l'ostracisme, c'est à dire la possibilité d'écarter certains individus jugés dangereux.
D'autres idées que je trouve passionantes venant de Le Message[16] : prenons comme base l'ensemble de la population française majeures. Chaque citoyen indique trois personnes qu'il considère apte pour la tâche. A lui de déterminer les vertus nécessaires : beauté, honnêteté, intégrité, dévotion, grande-gueule, humour, etc. Nous obtenons une liste, longue, avec des noms sélectionnés une fois ou plusieurs fois. Dans cette liste on retire la portion basse (nom pas assez choisi) et la portion haute (trop choisi : campagne électorale). Vous obtenez la meilleur population qui soit pour un tirage au sort.
Ce ne sont vraiment pas les idées qui manquent pour faire du tirage au sort un outil puissant et efficace.
Comparé à l'élection, le TAS dispose d'autres atouts. En effet la campagne électorale est sans doute ce qu'il y a de pire en matière de clivage et de guerre fratricide. Les vaincqueurs se sentent puissant, les vaincus sont amers. Dans le tirage au sort rien de tout cela, les relations sont apaisées et chacun possède une chance égale de contribuer.

Le rapport au temps

Voilà immanquablement un argument en faveur de la prosocratie car oui, c'est un fait, la citoyenneté demande du temps. Le statut seul de citoyen demande du temps. Ceci étant, il n'y a aucune obligation de participer à tous les débats et toutes les prises de décisions, l'important est de conserver son pouvoir intact au cas où un sujet intéressant pointe le bout de son nez.
Pour les plus curieux je vous invite à étudier le principe de "démocratie liquide", un formidable concept qui facilite la procuration, permettant ainsi de donner son pouvoir de décision et le reprendre à tout moment. Il est donc possible pour les moins politisés de confier sa voix à quelqu'un proche en terme de conviction.
C'est aussi pour cette raison que le revenu de base est un instrument indispensable à l'épanouissement d'une démocratie.

Et vous ?

Êtes vous démocrate ou prosocrate ? Considérez vous qu'une élite est mieux placée pour gouverner que la population dans son ensemble ? Si vous êtes prosocrate, puis-je disgnostiquer une démocratophobie ? C'est un phénomène courant directement issu de la pensée platonicienne et très bien entretenue par l'oligarchie en place (et pour cause, leur job s'en trouve menacé). Pour vous soigner je vous invite à étudier les différents cas où l'intelligence collective fait des merveilles, vous verrez par vous même que la population est la mieux placée pour prendre les décisions qui la concerne.

Démocratophobie

Cette section est dédiée à tous qui craignent la décision de la majorité, à ceux qui pensent que le peuple est incapable de penser au bien commun.
Les exemples ci-dessous ne sont pas forcément policratique en ce sens qu'ils ne donnent pas le pouvoir d'écrire les règles aux citoyens, mais présentent néanmoins des notions importantes pour l'émergence d'une démocratie.

La démocratie grecque, antiquité

Oui, bon bah voilà quoi : deux cents ans quand même, avant de subir quelques revers militaires. C'est tout de même une preuve que le système tient la route sur la durée. Au moins à l'échelle de la ville. Il est toujours bon de discuter des problèmes que pourrait poser une démocratie de plusieurs millions de personnes, mais grâce à ce seul exemple, nous savons qu'une population est parfaitement apte à se grouverner sans sombrer dans le chaos.

France, 1870-1871

Pendant quelques semaines la démocratie s'est invité dans certaines communes de France.
* Citoyenneté aux étrangers
* Membres de l'assemblée révocables, comptables et responsables, avec un mandat impératif[16].
* Mouvement d'émancipation des femmes.
... La liste est longue.

DOSSIER – La tradition française de la démocratie directe locale et l’idée de confédéralisme municipal : des pistes de solutions sociales, économiques et politiques ? (III)
Commune de Paris (1871)

La Suisse, aujourd'hui

Les suisses ont un formidable outil démocratique : le référendum d'initiative populaire. Rendez vous compte : un individu ou un groupe écrit un texte et lance une pétition sur une durée déterminée (mettons un an). Si la pétition atteint quelques pourcents de la population un référendum est organisé. Si la proposition est validé les hommes de loi doivent la mettre en application. Formidable non ?
La liste des initiatives populaires fédérales en Suisse.
Mais la suisse c'est aussi une longue tradition démocratique dès l'échelon local : Le citoyen ordinaire au pouvoir : la prise de décision politique par les assemblées locales d’habitants en Suisse !

Marinaleda, aujourd'hui

Une petite bourgade en espagne.

Les gens se réunissent, prennent les décisions ensemble. C'est un système policratique.

Vandoncourt, aujourd'hui

La démocratie "participative" depuis 1971 dans la Franche-Comté.
http://www.etfaitsplanete.org/node/428
Wikipédia
Petit extrait : "Quand on laisse l'intelligence collective gérer les décisions ... on s'aperçoit que "les gens d'en bas" prennent des décisions courageuses et d'intérêt général sur le long terme". Le principe a créé des citoyens actifs, une population qui s'engage politiquement. Des élections municipales gagnées par l'équipe municipale apolitique avec un score de 75 à 90%, c'est dire l'adhésion à ce système.

Grigny, aujourd'hui

Ce n'est toujours pas une démocratie en ce sens que (tout) le pouvoir de décision n'est pas entre les mains de la population. Mais ! Des assemblées décisionnaires sont tirées au sort (stochocratie). Les citoyens s'engagent et deviennent actifs.

Le TAS à Grigny

Agir

Les élus veulent absolument vous faire croire que la citoyenneté se réduit à l'élection. Il n'y a rien de plus faux. Place aux actions.

Le référendum d'initiative citoyenne

Le RIC. Comme en Suisse, afin que le peuple puisse se saisir de n'importe quel sujet, le placer au centre des débats et forcer le legislateur à l'inscrire dans la loi. Il suffit d'observer les combats culturels, sociaux, sociétaux, économiques, écologiques se dérouler avec une impuissance politique frustrante pour saisir toute l'importance de ce combat là.
Prenez le sujet que vous voulez : retraites, nucléaire, Europe, chasse, intermittents, justice, cannabis, immigration... Quelques soient les combats qui vous tiennent à coeur, aussi louables et nobles soient-ils, les institutions actuelles vous maintiennent dans l'impuissance politique. Alors Prenez le pouvoir d'abord.
Le peuple aura, à ce moment là la possibilité de décider des lois, conjointement avec le parlement. Nous aurons un régime mixte Démocratie / Représentatif.
S'il y a bien un combat qui devrait pouvoir réunir toutes les énergies c'est celui ci.
N'hésitez pas à vous engager :
http://www.article3.fr/

L'élection

Ne votez plus pour des représentants. Vous pouvez refuser de donner votre pouvoir de décision. On vous le prendra, le système est fait ainsi, mais vous pouvez refuser de le donner. L'abstention, ou le vote blanc, pose un problème de légitimité aux élus, ne l'oubliez pas.
Lors des élections, observez les candidatures, il existe aujourd'hui des mouvements citoyens qui prônent la démocratie afin de redonner le pouvoir à la population.
C'est le cas par exemple de Démocratie Réelle qui propose de tirer au sort des mandataires dont la seule fonction sera de transmettre le vote de la population.
http://www.democratiereelle.fr/

Les gentils virus

N'hésitez pas à rejoindre les Gentils Virus : c'est un groupe informel qui se donne pour objectif de transmettre la véritable notion de démocratie. Ils se réunissent par zone géographique afin de construire des projets concrets :
La carte mentale
Le groupe facebook

Références

[2] : Anticor
[14] : Oligarchie
[16] : Le Message

Commentaires

Hydronium
Maintenant en complément à le-message.org il y a lavraiedemocratie.fr pour développer les arguments et répondre aux objections courantes ;-)

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Ataraxia
Cette page, c'est vraiment du bon boulot…

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alexis
j'ai vraiment bien aimé le fond et la forme. C'est clair, agréable à lire, bien aéré avec les photos et la table des matières et donc le message passe bien.

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McGregor777
Un sujet passionnant qui donne envie de se libérer de la "prosocratie".

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Yann
un excellent travail de synthèse:
merci pour cet expose
a recommander a tout bon citoyen!
une page internet en favori.
Merci

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Romain
Voilà un site vraiment super que je vais me presser de partager à tous mes amis. Le travail réalisé est vraiment énorme, simple et clair à comprendre même lorsque l'on ne connait pas bien le sujet.

Merci beaucoup

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Sinsé
" ... la parole à Cornelius Castoriadis qui vous expliquera bien mieux que moi la démocratie athénienne ... " -

Cette vidéo n'existe pas

Dommage

Cré-@ctivement votre
Sinsé
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Yokho
Juste 4 fois que je la change...
Merci !

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Loup Rebel
Merci pour cette page pédagogique d'excellente facture.
Très complet, présentation claire et accessible à tous.
J'espère que l'hébergeur tient la route, car je ne serai certainement pas le seul à partager copieusement.
Cordialement,
Loup

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Moi
Deja, les habitants de la Grece sont les Grecs. Les Grecques, ce sont les femmes de Grece. Comme justement elles n'avaient pas le droit de vote, il vaut mieux revoir l'orthographe de cette page.

Aussi, la Grece etait composee de plusieurs citees, et ce que vous decrivez est la democratie Athenienne a une certaine periode. En faire le mode de gouvernement de toute la Grece antique est un peu abusif...
1 réponse


Yokho
Très juste ! Je corrige.

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Thomas
Dans les détournements sémantiques, vous pouvez ajouter le terme de "représentant" qui est en fait un gouvernant non représentant car rarement représentatif...

La notion de "représentant politique" est donc très rarement juste mais c'est encore une fois le pouvoir des mots, comment s'opposer aux "représentants" du peuple ?
1 réponse


Yokho
C'est moins clair, car le terme est polysémique.
Si je dis que cette boule orange représente le soleil, je veux créer une image qui est censé reprendre les caractéristiques du soleil. Ou quand ma fille dessine pour représenter une maison, ou une voiture.
Mais il y a un autre sens, l'empereur envoie un magistrat censé le représenter. Il s'agit ici de représenter l'empereur dans le sens "parler en son nom", pas de lui ressembler.

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Eric
Merci pour cette page web éducative. Toutefois je m'inquiète d'une tendance actuelle, qui me semble contreproductive voire éventuellement dangereuse : inciter à ne pas voter en 2017 ... au lieu de dire de "votez massivement pour ceux qui s'engagent dans leur programme à instaurer une démocratie participative digne de ce nom" (ou a minima vont dans ce sens). Avec l'absention ou le vote blanc/nul, à moins de croire dans la 'génération spontanée', nous ne sommes pas prêts de voir arriver cette vraie démocratie en France. Mais si vous avez une autre solution efficace rapidement pour passer de la prosocratie actuelle à la démocratie TAS sans aller voter, il serait bon que vous la développiez pour plus de crédibilité/cohérence.
A Vaudoncourt (cité en exemple), il y a bien eu élection et vote, non ?
1 réponse


Yokho
Sur le fond il y a un problème de cohérence à tenir un discours d'émancipation citoyenne et encourager à élire au mandat représentatif.

Après utiliser le système électoral, le seul légal actuellement pour occuper le pouvoir, afin de mettre en place ou faire avancer les principes de décisions populaires, c'est du hacking. C'est une solution totalement envisageable.

Reste que, au niveau présidentiel c'est impossible, trop de pouvoir en jeu dans une société qui n'est pas encore majoritairement consciente de ces problèmes.
Il ne reste que la question de la communication : mieux vaut-il proposer d'élire des représentants de la cause citoyenne, ou mieux vaut-il proposer l'abstention pour bien appuyer l'idée de la fin du régime représentatif et favoriser l'arrivée d'idées alternatives.
A chacun de voir.

Vous pensez à quel parti/mouvement/personne ?

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Alex
Énorme merci pour cette page!

Très clair, bien présenté, c'est de l'information limpide comme de l'eau de roche qui donne envie de s'abreuver de savoir.

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