La démocratie

La démocratie française

L'idée que nous avons

Nous avons tous une idée de ce qu'est la démocratie : le pouvoir du peuple. En France, le peuple, c'est facile, ce sont les 50 millions de majeurs. Le pouvoir c'est plus délicat, mais en politique le pouvoir c'est de décider de l'orientation d'une société, c'est à dire gouverner, donc faire et défaire les lois. Alors oui, c'est vrai, en France ce ne sont pas les 50 millions de français qui font les lois, ce sont des représentants, les députés, nombre oblige.
Mais quand on entend le mot démocratie dans les médias, c'est rarement pour désigner le corps qui détient le pouvoir en France, c'est en général en opposition à d'autres régimes, comme la dictature, où il n'y a pas d'élection. Dans ce cas là, la démocratie recouvre surtout des notions de libertés (expression, déplacement, entreprise, etc.). Et l'élection, bien entendu. Démocratie et élection sont intimmement liés. D'ailleurs l'élection est bien la principale avancée démocratique que l'on organise dans les pays libérés du joug dictatorial ("les premières élections libres").

Moi, électeur...

Tout en ayant dépassé les 30 ans, je n'ai voté que trois fois dans ma vie. La première fois à 18 ans, pour voir ce que ça fait. Et oui il y ce bienheureux sentiment du devoir civique accompli. Une autre fois par pression sociale, "parce que le vote devrait être un devoir et non un droit". Et une dernière fois parce que vraiment je ne voulais pas d'un des deux candidats à la présidentielle.
Fais-je partie des j'm'enfoutistes qui considèrent que ça sert à rien ? Non je me suis toujours intéressé à la politique, que je considère comme une activité centrale de toute civlisation humaine.
Fais-je partie des déçus qui pensent que toute façon c'est blanc-bonet bonet-blanc ? Ayant toujours écouté les discours de chacun, je perçois les différences. Certes il y a de nombreux points communs, mais ce n'est pas identique. D'ailleurs lorsque j'ai voté je n'ai pas choisi un candidat au hasard.
Fais-je partie des fénéants qui ne veulent pas se déplacer ? Par défaut, il ne reste plus que cette explication.
Comme souvent, c'est une question de choix. Il me semble plus important de rester chez moi, en pantoufle, que d'aller voter. Principe simple que je n'aurais jamais osé avouer il y a encore peu de temps. Mais pourquoi, puisque la politique est l'activité centrale de toute civilisation humaine ?
Et bien c'est un paradoxe qui me taraude depuis fort longtemps.

Je n'aime pas

Je n'aime pas le clivage gauche / droite dans lequel je ne me reconnais pas.
Je n'aime pas les programmes électoraux qui contiennent en même temps des idées que j'apprécie et d'autres que je déteste.
Je n'aime pas le fait qu'un élu vote pour ou contre une loi en mon nom, alors que je suis en désaccord avec son choix.
Je n'aime pas les campagnes électorales avec toutes ces promesses démagogiques[1] qui n'ont aucune valeur juridique[2] et sont tournées en dérision[3], à juste titre.
Je n'aime pas les partis politique dont les adhérants ne représentent qu'à peine 2% du corps électoral et qui sont pourtant la source de toute l'offre politique.
Je n'aime pas le décalage entre les qualités requises pour être une bête politique (charisme, com, ruse, démagogie...) et les qualités que l'électeur recherche chez un représentant (morale, convictions, honnêteté...).
Je n'aime pas l'influence des lobby dont je ne peux absolument pas être témoin.
Je n'aime pas cette passivité politique entre deux élections.
Je n'aime pas la non prise en compte de l'abstention et du vote blanc dans l'élection, ce qui revient à voter à part égal pour chaque candidat. Le comble : ne pas voter revient à voter pour tous.
Je n'aime pas cette idée de voter pour le moins pire.
J'exècre cette culpabilisation du vote utile.
Je n'aime pas l'unique punition de "ne pas voter pour" lorsque je constate un bilan désastreux.

Bilan

Il y a tant de choses qui me dérangent dans notre système politique que je suis simplement dégoûté d'y prendre part. Je ne veux pas participer à cette comédie. Je ne veux pas être complice. La voilà la raison de mon pantouflanisme extrêmiste. Et ce malgré mon amour de la politique. Un peu comme un passionné du travail bien fait qui se retrouve à devoir se lever tous les matins pour trimer pendant des heures dans des conditions insupportables et produire le comble de l'inutile.
La démocratie, c'est le top, inutile de passer par la dictature ou la monarchie, nous avons déjà donné. Mais notre système est-il vraiment ce que l'humanité peut produire de mieux en matière d'organisation politique ?
Et bien je vous propose de regarder un peu, à commencer par la société même qui a produit le mot : la démocratie de la grèce antique.

La démocratie athénienne

Qui connaît ?

Simple question : connaissez vous le fonctionnement de la démocratie athénienne ? Pour ma part, via les séries, les films et peut être de vieux souvenirs d'école, j'assimilais la démocratie grecque à la république romaine. C'est à dire en gros un sénat composé d'élus, de l'aristocratie et du peuple. Bref grossièrement le même fonctionnement que chez nous. Logique, puisque ce sont des démocraties.
Mon inculture a de quoi faire pleurer, parce que ça n'a juste rien à voir. Ce sont des mondes complètement différents.

Retour aux sources

Je vais laisser la parole à Cornelius Castoriadis qui vous expliquera bien mieux que moi la démocratie athénienne :



C'est long, mais ça vaut vraiment le coup. Comme l'image n'a aucune importance, rien ne vous empêche de monter le son et de faire le ménage en écoutant.

L'égalité politique

S'il y a une chose que vous devez retenir des fondements philosophiques de la démocratie athénienne, c'est bien cella là : tous les citoyens sont égaux politiquement. C'est à dire que chaque citoyen est également compétent pour prendre une décision politique.

Voter les lois

Nous y sommes. Les dizaines de milliers de citoyens grecques votaient leurs lois. Ils n'avaient pas de représentants. Il n'existait pas de transfert de pouvoir politique, il n'existait pas cette notion de représentant politique, elle n'avait simplement pas de sens pour eux.
Cela change tout. Prenons l'excellent exemple de la délation. Chez nous, les lois ne sont pas nos lois, ce sont les lois du Roi, héritage historique oblige. Ce sont les lois de l'état, les lois d'un autre. La délation est donc très mal vue car nous devons être solidaire contre les lois du Roi (ou de nos députés). Alors que la délation est naturelle dans la grèce antique, parce que les citoyens votent leurs lois, donc si je vois quelqu'un enfreindre "ma" loi, ça ne va pas me plaire.

Le tirage au sort

L'idée m'a bien fait rire. En classe de seconde, personne ne s'est proposé pour être le délégué. Le professeur nous a alors menacé de recourir au tirage au sort (TAS). Comme les cancres ne voulaient absolument pas de cette tâche ingrate, ils ont fait pressions sur les "bons" élèves afin qu'ils se présentent. Ouf, nous n'avons pas tiré au sort. Voilà à quoi se résumait mon expérience du tirage au sort en politique.
Pourtant le TAS est parfaitement logique, si l'on considère chaque citoyen comme égal et qu'il faut pourtant sélectionner quelqu'un pour une tâche en particulier. Nous faisons instinctivement de même dans les situations similaires. Jeter un dé ou une pièce de monnaie pour dissocier des éléments égaux n'a rien d'extraordinaire en fin de compte.
Le tirage au sort devient un outil évident de sélection face à l'égalité parfaite. D'ailleurs nous le faisons déjà pour les jurés d'assise car nous estimons chaque citoyen, éclairé par le procès, est également compétent pour juger une affaire.
Et avec un peu de culture, on s'aperçoit que le TAS a existé tout au long de l'histoire dans les mécaniques démocratiques[4].
Au temps pour le rire d'ignare. En fait le TAS est bien un outil utile en politique, nous l'avons juste oublié.

Les magistrats

Le magistrat pouvait être élu ou tiré au sort selon les cas. Il y avait des postes qui, selon les athéniens, ne demandaient pas de compétences particulières, comme Juge ou Chef d'Athènnes (oui, toute la ville), tous les citoyens étaient considérés comme égaux, ils étaient donc tirés au sort. Certains postes demandaient une technique, des connaissances, de l'expérience dans un domaine bien précis, et ceux là étaient élus, c'était le cas par exemple pour les architectes en maître ou les chefs de guerre.
Mais le point important réside dans le mandat. Le mandat est une mission, une tâche, que le magistrat doit accomplir. Mais le peuple garde le pouvoir, en ce sens qu'il contrôle le magistrat et peut le révoquer si nécessaire. A la fin du mandat il y a le bilan, avec punition ou récompense, selon les cas.

Organisation politique

Le modèle athénien

Il serait stupide de faire un copier-coller de la démocratie athénienne en France. La société athénienne était patriarchale et esclavagiste, les citoyens (uniquement les hommes) avaient donc le temps de faire de la politique. Et ils n'étaient que quelques dizaines de milliers. Mais tout de même, il y a matière à récupérer les fondements, quelques bonnes idées et voir comment on peut les adapter, peut être en trouver d'autres.
Si vous souhaitez connaître un peu mieux l'éclairante terminologie grecque (Ekklesia, Iségoria, etc.), et toutes les idées démocratiques qui en découlent, référez vous au document du Pr. Senzu[5].

Bilan

Bon et bien maintenant on sait à quoi ressemble une démocratie. Sans même aborder un changement profond de système politique il y a quand même un paquet d'idées qui devraient nous inspirer, à commencer par le contrôle, la révocation et la punition.
Les citoyens devraient pouvoir contrôler les députés. Par exemple nous pouvons autoriser les lobby à faire leur travail auprès des députés, en tant qu'experts, pourquoi pas, mais les citoyens devraient avoir accès à l'intégralité de la rencontre. Tout comme ils devraient avoir accès aux taux présence des députés aux différentes séances, aux notes de frais dans le détail, à leurs votes, à leurs propositions, etc. bref un bilan complet et détaillé de leur moindre faits et gestes dans le cadre de leur fonction.
La révocation devrait aussi exister. Nous pouvons discuter de la procédure mais les citoyens doivent pouvoir révoquer un député.
Et enfin la punition, ou la récompense, à la fin du mandat. Il me paraît tout à fait anormal que notre seule mesure de rétorsion soit "de ne pas voter pour lui/elle". Pourquoi ne pourrions pas en appeler à un juge pour punir un choix qui a coûté cher à la communauté ? La responsabilité est bien la justification de leur salaire non ? Et à contrario pourquoi ne pourrions nous pas donner des médailles à ceux qui ont exécuté un mandat exemplaire ?
Nous aurions alors des magistrats élus qui seraient nos serviteurs, et je suis certain que le peuple maîtriserait bien mieux sa destinée.
Sauf qu'on sent bien que jamais les députés, ceux là même qui votent les lois, ne mettront ce genre de chose en place. Exactement pour les mêmes raisons qu'ils refusent d'interdire le cumul des mandats alors que la population est contre à une majorité écrasante.
Nous touchons du doigt le noeud du problème de l'élection actuelle : Le conflit d'intérêt.
Vraiment c'est à se demander si le peuple a le pouvoir, on a plutôt l'impression là que ce sont les élus qui ont le pouvoir et qu'ils ne vont dans le sens du peuple que lorsque ça ne les dérange pas. A se demander même si, du coup, nous sommes en démocratie...
On va aller voir à la révolution française, pour voir si ceux qui ont mis en place ce système avaient conscience de ces problèmes.

La révolution française

Un peu d'histoire

Une conférence de Henri Guillemin très prenante sur la révolution française :



Vraiment à écouter de bout en bout. La bourgoisie, jalouse de l'aristocratie qui ne payait pas d'impôts sous la monarchie, désirait plus que tout le pouvoir de la gouvernance (normal). Les révoltes étaient monnaie courante puisque le peuple avait tout juste de quoi manger, il suffisait donc de les armer pour renverser la monarchie. Lors de la montée du prix du pain, l'occasion fut saisie. Puis, comme un peuple armé faisait peur, les bourgeois ont racheté les fusils et créé la Garde Nationale (anciennement "gardes bourgeoises"[6]), pour surveiller la population, afin qu'elle n'aille pas plus loin que le renversement monarchique (manquerait plus qu'elle réclame la redistribution des richesses).
La vraie révolution a eu lieu en 10 août 1792[7], avec la chute définitive de la monarchie, le début de la Terreur et l'instauration du suffrage universel. 85% des français qui ne savent ni lire ni écrire. 1'300'000 personnes voteront sur les 5-6 millions de citoyens. Résultat, sur les 750 membres de la nouvelle assemblée, 2 seulement appartenait à la classe ouvrière, tous les autres sont des notables.
Mais on va pas se plaindre c'est toujours mieux qu'une monarchie.

Espèce de sale démocrate !

Pendant la révolution française, le peuple était considéré par la bourgeoisie comme incapable de se gouverner lui même. A juste titre ? Peut être. Du coup "démocrate" était un terme péjoratif pour désigner ces extrêmistes qui voulaient donner le pouvoir au peuple (les fous). Mais ce ne sont pas les démocrates qui ont remportés la partie, notre constitution est née sur un système qui n'était pas du tout voulu comme une démocratie, bien au contraire.

Emmanuel Joseph Sieyès

Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S'ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l'être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.

Discours du 7 septembre 1789
Fou non ?
En fait, le système politique français a été pensé par des notables et pour les notables, jamais il n'a été pensé pour être démocratique, et de fait il n'a jamais été démocratique. Les bourgeois savaient très bien que l'élection porterait au pouvoir des bourgeois, comme le souligne si bien Alexis de Tocqueville : "Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira.".
Qu'en est-il aujourd'hui ? Je vous laisse deviner[8].

La dérive du mot démocratie

La France n'a jamais été une démocratie. Les fondateurs de notre république avait une sainte horreur de ce système, il n'était pas question de donner le pouvoir au peuple, peu cultivé et trop prompt à l'émotion. C'est une idée élitiste discutable mais que l'on peut entendre. Aujourd'hui, nous sommes dans le même système politique de gouvernement représentatif, mais alors pourquoi est-ce que la France d'aujourd'hui est considérée comme une démocratie ?
L'usage de ce mot est apparu dans la première partie du 19ème siècle avec les libéraux. Ce n'est ni plus ni moins qu'une manoeuvre de séduction des masses populaires[9]. Une manipulation terminologique pour faire croire que le gouvernement représentatif était synonyme de démocratie, donc de pouvoir du peuple. De la démagogie en somme.
Ces libéraux avaient une idée plus globale de la démocratie, c'est à dire un "pouvoir" qui n'était pas restreint à l'écriture de la loi, mais plus large en terme d'orientation de la société, par d'autres biais, comme l'art, la vie associative, etc. Mais ça n'en reste pas moins un mélange des genres lorsque l'on utilise le même mot pour deux notions différentes. Quand Lincoln parle de "pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple", il parle bien de la démocratie comme pouvoir de gouvernance, pas de l'emprise de la population sur la société.
Vous, peuple libre, avez le pouvoir de changer la société dans le sens qui vous plaira, donc nous sommes en démocratie. Nous sommes en démocratie donc vous avez le pouvoir.
J'hésite entre sournois et malin. Difficile de ne pas faire un procès d'intention sur le caractère volontaire de cette déformation. Parce qu'au final, si moi, citoyen du peuple, je suis persuadé d'être en démocratie, je ne vais pas chercher à la mettre en place, et je ne pourrais pas aller contre la volonté du peuple en critiquant le système en place.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la technique a été efficace... et qu'elle l'est encore, 200 ans plus tard.

Bilan

Le réveil est douloureux : ça fait 200 ans que le peuple se fait enfumer. Au risque de le répéter : la France n'a jamais été une démocratie. En soit il n'y a pas de mal, une démocratie, ce n'est pas un monde de Bisounours, une telle société peut être très violente et faire réapparaître la peine de mort par exemple. Mais accoler l'élection et la démocratie, c'est un mensonge. Si l'on prend le terme de démocratie dans son sens de pouvoir de gouvernance - et il ne devrait pas y avoir d'autre sens - l'élection d'un représentant est anti-démocratique.
Alors, oui, notre système représentatif est libéral, je peux écrire tout ça sans aller en prison, il est infiniment mieux que notre ancienne monarchie ou une dictature militaire. Mais ce n'est pas le top pour autant, car il y a mieux : la démocratie.

Aujourd'hui

Qui a le pouvoir ?

Un simple raisonnement par l'absurde suffit à démontrer que le peuple n'a pas le pouvoir :
* Si le peuple avait le pouvoir, nous aurions une loi contre le cumul des mandats.
* Si le peuple avait le pouvoir, la France n'aurait pas ratifié le traité de Lisbonne après un non au référundum de 2005.
* Si le peuple avait le pouvoir, la peine de mort n'aurait pas été abolie en 1981.
Étant contre la peine de mort, je ne cherche pas ici à savoir s'il est bon ou non que le peuple ait le pouvoir, mais de déterminer concrètement s'il l'a.

On peut dire que le peuple élit ses députés et qu'il dispose donc d'un pouvoir indirect. Mais c'est une expression trompeuse, une illusion, avec le mot pouvoir dedans. Nous devrions plutôt parler d'influence. Car oui le peuple a de l'influence sur les députés qui font carrière et doivent être réélus, oui les manifestations peuvent pousser dans un sens ou dans l'autre, et dans une moindre mesure les sondages et les pétitions.
Sauf que les lobby aussi ont de l'influence, souvent plus que la population d'ailleurs, ils peuvent choisir de financer telle ou telle campagne, de faire pression, et donc, concrètement d'empêcher d'avoir le pouvoir ou permettre de l'acquérir. Est-ce qu'on parle pour autant de lobbycratie sous le seul prétexte qu'ils ont le pouvoir de choisir lequel des candidats aura la place ? Pourquoi est-ce que pour eux on ne parle pas de pouvoir indirect ?
Dans une monarchie, si le Roi ne veut pas de révoltes, il écrira les lois en conséquence. Le peuple a de l'influence. Parle t-on de pouvoir indirect ? Est-ce une démocratie ?
Alors oui, dans un gouvernement représentatif le peuple a plus d'influence sur l'écriture des lois que sous une monarchie ou une dictature, et en celà c'est tout de même incomparablement mieux. Mais le peuple n'a pas le pouvoir, ce n'est donc pas une démocratie.
Même si les choix d'un député sont influencés par son corps électoral, par ceux qui financent sa campagne, ainsi que par sa stratégie de carrière dans son parti, le plus important, c'est qu'au moment du vote, il fait ce qu'il veut. C'est bien le député qui a le pouvoir.

Le mot "politique"

Je propose de commencer par faire le ménage dans le vocabulaire. Pour la politique nous employons des expressions avec le mot "politique" dedans comme "bête politique" pour désigner un candidat dans une campagne électorale dynamique, ou de "politique politicienne" dans des discours ou des manoeuvres tactiques. C'est mal. Je rappelle que la politique est une activité noble qui consiste à débattre et prendre des décisions pour la communauté. Donc non, ce n'est pas une bête politique, c'est un acteur qui fait un show devant des fans dans une campagne électorale, non ce n'est pas de la politique politicienne ce sont des manoeuvres électoralistes, ça n'a rien à voir avec la politique. Juste aucun rapport.
Moi je fais de la politique quand je discute avec ma femme sur l'aménagement de la maison. Le propriétaire d'appartement fait de la politique en se rendant à la réunion des copropriétaires.
Donc si l'on pouvait commencer par éviter de salir ce mot en le collant à toutes les dérives du système électoral, peut être que l'on pourra lui redonner un peu de noblesse.

Le mot "démocratie"

Il n'y a aucun problème à penser qu'une élite est mieux placée que l'ensemble de la population pour décider du destin de la nation. Après tout, si l'élection permet de donner le pouvoir aux meilleurs d'entre nous, je ne vois pas en quoi c'est un problème. Tout comme le disait Aristote : "Les élections sont aristocratiques et non démocratiques : elles introduisent un élément de choix délibéré, de sélection des meilleurs citoyens, les aristoï, au lieu du gouvernement par le peuple tout entier.". Nous sommes dans un pays de libertés, chacun pense ce qu'il souhaite.
Par contre, par soucis d'honnêteté intellectuelle, il faut renoncer à se considérer comme démocrate. Parce que justement la démocratie c'est le pouvoir du peuple, pas d'une élite.
De la même manière, il faut renoncer au mot démocratie pour le système représentatif française. Le pouvoir appartient aux élus. Nous sommes donc dans une Oligarchie[10], ou une Aristocratie si l'on considère que nous mettons effectivement les meilleurs d'entre nous au pouvoir.
Et vous, êtes vous démocrate ou aristocrate ?

Le citoyen passif

Les français aiment la politique. Je parle bien entendu de la vraie politique. L'intérêt de la chose publique (Res Publica) est tellement encré dans notre patrimoine génétique d'animal social qu'il ne peut pas en être autrement, que ce soit pour la ville, la région, la nation, le continent et même le monde.
Si l'on compte en France autant de j'm'enfoutistes, c'est bien à cause de l'élection, ce transfert de décision qui dépouille l'individu de son pouvoir politique. En dehors des campagnes électorales, il devient amorphe politiquement, passif.
C'est culturellement une catastrophe.
Mais ce n'est pas une fatalité !

Le premier pas

Après la prise de conscience, et si vous êtes démocrate, c'est à dire que vous souhaitez que le peuple décide de sa propre destinée, la priorité est de donner des armes aux citoyens. Nous pourrions parler d'armes réelles, à feu, comme en possèdent les citoyens Suisses. Non pas pour l'utiliser à tout va comme aux états-unis, mais comme outil de défense citoyenne, c'est à dire dirigé contre le pouvoir et empêcher ainsi les abus. Un peuple armé fait peur (voir plus haut sur la révolution française), et c'est une bonne chose que les gens au pouvoir aient peur de la population, vu qu'ils n'ont pas peur de la loi... qu'ils écrivent.
Mais peut être qu'aujourd'hui, ce n'est plus nécessaire. Nous pouvons imaginer une autre arme : le Référundum d'Initiative Citoyenne (RIC). Exemple Suisse (encore). Imaginez : un citoyen, ou un groupe de citoyen écrit un projet de loi, ou propose l'abrogation d'une loi. Il lance une pétition sur une durée déterminée. Si la pétition réunit suffisemment de signatures, les élus ont l'obligation d'organiser un référundum. Et si la réponse au référundum confirme la proposition, les élus ont l'obligation de le mettre en place.
N'est-ce pas formidable ? N'est-ce pas là un outil fantastique pour que le peuple puisse s'exprimer sur les sujets qu'il estime important ?
Il suffit d'observer les combats culturels, sociaux, sociétaux, économiques, écologiques se dérouler avec une impuissance politique frustrante pour saisir toute l'importance de ce combat là.
Vous voulez interdire la chasse ? Prenez d'abord le pouvoir.
Vous voulez protéger la chasse sous le sceau de la culture ancestrale ? Prenez d'abord le pouvoir.
Quelques soient les combats qui vous tiennent à coeur, aussi louables et nobles soient-ils, faites en sorte que le pouvoir revienne au peuple par le RIC.
Le peuple aura, à ce moment là le pouvoir, conjointement avec le parlement. Nous aurons un régime mixte Démocratie / Représentatif.
Nous pourrons passer outre les conflits d'intérêt. Par exemple nous pourrons immédiatement voter une loi interdisant le cumul des mandats.

S'il y a bien un combat qui devrait pouvoir réunir toutes les énergies c'est celui ci.
Alors n'hésitez pas à vous engager :
http://www.article3.fr/

La première démocratie du monde moderne

Étant un démocrate intégriste, je rêve de l'instauration de la première démocratie du monde moderne, sans classe politique. Mais en soi le système politique que j'aimerais n'a aucune espèce d'importance, justement parce que je suis démocrate. Donc si le peuple français veut conserver l'élection du chef, qu'il la conserve. Par contre, il faut mettre fin à l'impuissance politique du peuple. Il doit exister un processus par lequel le peuple peut imposer une loi, sans passer par un groupe dont l'intérêt peut toujours être divergent de l'intérêt commun.

Informer

La prise de conscience prend du temps. Une fois le deuil de notre fausse démocratie terminé, il y a une étape de militantisme pantouflard, bien planqué derrière son écran, à partager les articles sur les réseaux sociaux et à commenter. C'est normal, ce n'est pas forcément évident pour tout le monde de s'engagement physiquement. Depuis votre naissance, l'impuissance politique a fait de vous un citoyen passif, tout juste bon à mettre un papier dans une urne. Mais ça viendra.
En attendant, il y a tout un tas pistes à suivre :

* Le TAS à Grigny : Certes, ce n'est que pour des investissements, ce n'est pas le "pouvoir". Mais déjà les citoyens s'engagent, ce ne sont pas des consommateurs résignés que nous voyons un peu partout en France.

* Marinaleda, en espagne, un village en démocratie, à voir absolument :



Agir

Quand vous serez décidé à prendre votre part de pouvoir politique qui vous revient, il vous faudra déscendre dans l'arène. N'hésitez pas à rejoindre les Gentils Virus : c'est un groupe informel qui se donne pour objectif de transmettre la véritable notion de démocratie. Ils se réunissent par zone géographique afin de construire des projets concrets :
La carte mentale
Le groupe facebook

Ici, une petite vidéo à propos des contre-élections européennes :
http://www.democratiereelle.fr/

Références

[2] : Anticor
[10] : Oligarchie

Commentaires

Hydronium
Maintenant en complément à le-message.org il y a lavraiedemocratie.fr pour développer les arguments et répondre aux objections courantes ;-)

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Ataraxia
Cette page, c'est vraiment du bon boulot…

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alexis
j'ai vraiment bien aimé le fond et la forme. C'est clair, agréable à lire, bien aéré avec les photos et la table des matières et donc le message passe bien.

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McGregor777
Un sujet passionnant qui donne envie de se libérer de la "prosocratie".

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Yann
un excellent travail de synthèse:
merci pour cet expose
a recommander a tout bon citoyen!
une page internet en favori.
Merci

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Romain
Voilà un site vraiment super que je vais me presser de partager à tous mes amis. Le travail réalisé est vraiment énorme, simple et clair à comprendre même lorsque l'on ne connait pas bien le sujet.

Merci beaucoup

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Sinsé
" ... la parole à Cornelius Castoriadis qui vous expliquera bien mieux que moi la démocratie athénienne ... " -

Cette vidéo n'existe pas

Dommage

Cré-@ctivement votre
Sinsé
1 réponse


Yokho
Juste 4 fois que je la change...
Merci !

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Loup Rebel
Merci pour cette page pédagogique d'excellente facture.
Très complet, présentation claire et accessible à tous.
J'espère que l'hébergeur tient la route, car je ne serai certainement pas le seul à partager copieusement.
Cordialement,
Loup

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Moi
Deja, les habitants de la Grece sont les Grecs. Les Grecques, ce sont les femmes de Grece. Comme justement elles n'avaient pas le droit de vote, il vaut mieux revoir l'orthographe de cette page.

Aussi, la Grece etait composee de plusieurs citees, et ce que vous decrivez est la democratie Athenienne a une certaine periode. En faire le mode de gouvernement de toute la Grece antique est un peu abusif...
1 réponse


Yokho
Très juste ! Je corrige.

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Thomas
Dans les détournements sémantiques, vous pouvez ajouter le terme de "représentant" qui est en fait un gouvernant non représentant car rarement représentatif...

La notion de "représentant politique" est donc très rarement juste mais c'est encore une fois le pouvoir des mots, comment s'opposer aux "représentants" du peuple ?
1 réponse


Yokho
C'est moins clair, car le terme est polysémique.
Si je dis que cette boule orange représente le soleil, je veux créer une image qui est censé reprendre les caractéristiques du soleil. Ou quand ma fille dessine pour représenter une maison, ou une voiture.
Mais il y a un autre sens, l'empereur envoie un magistrat censé le représenter. Il s'agit ici de représenter l'empereur dans le sens "parler en son nom", pas de lui ressembler.

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Eric
Merci pour cette page web éducative. Toutefois je m'inquiète d'une tendance actuelle, qui me semble contreproductive voire éventuellement dangereuse : inciter à ne pas voter en 2017 ... au lieu de dire de "votez massivement pour ceux qui s'engagent dans leur programme à instaurer une démocratie participative digne de ce nom" (ou a minima vont dans ce sens). Avec l'absention ou le vote blanc/nul, à moins de croire dans la 'génération spontanée', nous ne sommes pas prêts de voir arriver cette vraie démocratie en France. Mais si vous avez une autre solution efficace rapidement pour passer de la prosocratie actuelle à la démocratie TAS sans aller voter, il serait bon que vous la développiez pour plus de crédibilité/cohérence.
A Vaudoncourt (cité en exemple), il y a bien eu élection et vote, non ?
1 réponse


Yokho
Sur le fond il y a un problème de cohérence à tenir un discours d'émancipation citoyenne et encourager à élire au mandat représentatif.

Après utiliser le système électoral, le seul légal actuellement pour occuper le pouvoir, afin de mettre en place ou faire avancer les principes de décisions populaires, c'est du hacking. C'est une solution totalement envisageable.

Reste que, au niveau présidentiel c'est impossible, trop de pouvoir en jeu dans une société qui n'est pas encore majoritairement consciente de ces problèmes.
Il ne reste que la question de la communication : mieux vaut-il proposer d'élire des représentants de la cause citoyenne, ou mieux vaut-il proposer l'abstention pour bien appuyer l'idée de la fin du régime représentatif et favoriser l'arrivée d'idées alternatives.
A chacun de voir.

Vous pensez à quel parti/mouvement/personne ?

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Alex
Énorme merci pour cette page!

Très clair, bien présenté, c'est de l'information limpide comme de l'eau de roche qui donne envie de s'abreuver de savoir.

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Teddy
Bonjour,

Il est vraiment difficile de faire ouvrir les yeux au gens très longtemps. On y arrive quelques minutes, quelques heures, mais rarement plus. Ça ne résiste pas sur la durée. Le système médiatique de propagande de notre société est tellement puissant, grâce à leurs outils que sont la peur via les sondages et la culpabilité via les enquêtes et les interviews de pseudo spécialistes sur l'abstentionnisme. Très vite, les quelques personnes qui étaient d'accord sur la réalité de notre système politique, de toutes ses dérives et aberrations, semble tout oubliés et retournent à leur quotidien sans plus de soucie que les tracasseries routinières. Quand je leur parle de conscience politique, ils me répondent clivage gauche/droite, barrage au fn, vote utile, devoir de conscience. Si aujourd'hui je ne voterai pas, c'est bien par conscience politique. Le vote n'est pas un choix. On ne choisi pas des élus, ils le sont déjà. On nous impose une élite à élire. Le seul choix qui existe dans le vote, c'est de voter ou de ne pas voter. Et quand on me dit que le vote est un droit autant qu'un devoir, je répond qu'il ne peut y avoir de droit et de devoir simultanément. C'est soit l'un soit l'autre.

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Lonewolf
Bonjour,

Je viens de prendre une magistrale leçon de citoyenneté. C'est vraiment l'impression que me laissent les heures que je viens de passer sur ce site, riche, clair, et propre à se mettre à nouveau à espérer !

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