Le Citoyen qui ne votait pas

La démocratie moderne

Nous avons tous une idée de ce qu'est la démocratie : le pouvoir du peuple. En France, le peuple, c'est facile, ce sont les 50 millions de personnes avec des droits civiques. Le pouvoir c'est plus délicat, on connaît "les" pouvoirs qu'il faut séparer, mais en politique "le" pouvoir - cratos - c'est la souveraineté, c'est à dire la capacité de fixer les règles[1]. En France le peuple exerce ce pouvoir via des représentants élus.

De nombreux défauts

La démocratie est certainement le pire régime à l'exception de tous les autres. Et c'est vrai qu'il ne manque pas de défauts, en voici quelques uns :

Le clivage droite / gauche : Pour ceux qui peuvent se reconnaître dans l'un de ces camps, c'est la division, la guerre contre l'autre partie de la population. Et pour les autres ?
Les programmes électoraux qui proposent un paquet d'idées à prendre ou à laisser, impossible d'y faire le tri nous ne choisissons que la personne qui les portera.
Le pouvoir de décision de l'élu qui peut décider des règles sans le consentement des électeurs. Que le sujet ait été abordé pendant la campagne ou non.
La compétition électorale qui pousse immanquablement à faire des promesses démagogiques[2].
L'immunité juridique d'une promesse électorale[3]. Heureusement que l'on peut encore en rire[4].
L'offre politique exclusivement issue des partis dont les adhérents ne représentent que 2% du corps électoral.
Les qualités utiles à la victoire électorale (charisme, com, ruse, démagogie...) bien éloignées des qualités pour prendre des décisions sur le bien commun (morale, convictions, honnêteté...).
Un système verrouillé par le principe partisan et l'argent. Si un individu, armé de ses seules convictions peut devenir maire d'une petite ville, il n'en est rien pour les grandes villes et encore moins pour les régions, un état ou une confédération comme les États-Unis. Il faut une carrière dans un parti politique puissant et de l'argent, beaucoup d'argent.
La corruption difficile à éviter dans un système opaque qui a besoin de beaucoup d'argent et dont les règles de fonctionnement sont déterminées par ceux-là mêmes qui l'utilisent.
Le lobbying qui n'est pas une mauvaise chose en soi mais il est caché, nous n'avons aucun moyen d'en mesurer l'impact et ceux qui sont influencés.
La passivité citoyenne entre deux élections.
Le résultat d'une élection basé sur les votants ce qui implique que si vous ne votez pas pour un candidat, ou si vous votez blanc, vous votez en fait pour les deux candidats à part égale. Nous n'avons donc aucun moyen de rejeter les deux candidats.
Le choix du moins pire est exactement ce que représente l'élection aujourd'hui avec deux candidats présélectionnés.
Tout est fait pour deux grands partis, le principe du "vote utile" en est un bon exemple.
La seule punition possible à l'encontre d'un élu est de ne pas voter pour lui la prochaine fois. Mouse land ?[5]

Remise en cause

Ce terme de démocratie est tellement omniprésent, tellement attaché à notre régime qu'on ne se pose plus trop de question à son sujet. On en vient à l'utiliser pour désigner nos sociétés modernes et toutes les valeurs qu'elles défendent comme la liberté, au-delà donc de la notion de souveraineté, par opposition aux méchantes dictatures où les élections n'existent pas. Car oui, une élection libre est le symbole de la démocratie.
Nous en arrivons à chérir notre démocratie par amour de nos valeurs de liberté et par rejet de la dictature, tout en dénigrant son organisation et la classe politique qui nous dirige.
Alors allons-y, reprenons tout : qu'est-ce qu'une démocratie ?

La démocratie des athéniens

Dans la grèce antique, les cités étaient indépendantes, elles avaient toutes leur propre constitution. La cité athénienne étant la plus célèbre. Vous connaissez son fonctionnement ? Via les séries, les films et peut être de vieux souvenirs d'école, on assimile la démocratie athénienne à la république romaine. C'est à dire en gros un sénat composé d'élus, de l'aristocratie et du peuple. Bref grossièrement le même fonctionnement que chez nous. Logique, puisque ce sont des démocraties.
En fait ça n'a rien à voir.

Retour aux sources

Je vais laisser la parole à Cornelius Castoriadis qui vous expliquera bien mieux que moi la démocratie des athéniens (vidéo en français) :



C'est long, mais ça vaut vraiment le coup. Comme l'image n'a aucune importance, rien ne vous empêche de monter le son et de faire le ménage en écoutant.

Voter les lois

Point fondamental : les citoyens proposaient, débattaient et votaient eux même les lois, ils étaient véritablement souverains puisqu'ils établissaient les règles. Ainsi donc les athéniens n'avaient pas de représentants.
C'est pour cette raison que l'on retrouve dans leur système politique toute une panoplie de contrôles des magistrats ou des procédures de révocations.
Par cette participation active dans tout le processus législatif, on comprend beaucoup mieux par comparaison la notion de "citoyen actif" dans l'antiquité et de "citoyen passif" dans nos sociétés modernes.

La loi, c'est moi

Nous prêtons volontiers cette phrase aux shérifs, aux ministres de l'intérieur ou encore à des héros de bandes dessinées. Et bien elle était aussi valable pour les athéniens. Du coup la vision de chaque citoyen vis-à-vis de la loi change du tout au tout.
J'aimerais reprendre l'exemple de Castoriadis sur la délation : Chez nous, les lois ne sont pas nos lois, ce sont les lois du Roi, héritage historique oblige, mais le principe est le même avec les députés : Ce sont les lois de l'état, les lois d'un autre. La délation est donc très mal vue car nous devons être solidaire contre ces lois qui ne sont pas les nôtres. Alors que la délation est naturelle dans la Grèce antique, parce que les citoyens votent eux même les lois et, conséquence logique, ne vont pas accepter une infraction.

Doxa

Pour les athéniens la prise de décision en politique se base sur la "doxa", l'opinion. Il n'y a aucune "techne", compétence, à avoir pour prendre une décision. Sur cette opinion, tous les citoyens sont égaux. Les avis ne se valent pas, on peut se tromper, avoir une meilleur compréhension d'un problème, ne pas avoir d'avis au départ, mais chacun est capable d'écouter les autres, former une opinion et déterminer, après débat, ce qui semble le meilleur choix. Au moment de la décision l'égalité est totale.
Ainsi il n'y avait pas de "technocrate", chaque citoyen devait comprendre la loi, ou plus exactement chaque loi devait être compréhensible. Cette notion est parvenu jusqu'à nous avec le dicton "nul n'est censé ignorer la loi", sauf que pour nous elle a pour sens "nous sommes responsables de ne pas connaître la loi", alors qu'elle devrait avoir le sens "la loi doit être compréhensible par tous".

Le côté obscur du pouvoir

Les athéniens avaient conscience du poison qu'était l'exercice du pouvoir. Ils savaient que la nature des hommes n'était pas faite pour y résister. C'est pourquoi les mandats étaient courts, non renouvelables, non cumulables. Le principe de base était la défiance, les hommes au pouvoir étaient surveillés et contrôlés.

Les magistrats


Le licteur, garde du corps du magistrat

Fabriquer les lois pouvait se faire à plusieurs dizaines de milliers de personnes, c'est entendu. Mais il existait des postes à décision, des postes à pouvoir par exemple juge, chef de chantier, chef et guerre, etc. pour lesquels il fallait "une" personne, ou un petit groupe.
Selon le poste les athéniens décidaient si une compétence, une expérience était nécessaire ou non. S'il fallait une compétence, comme pour les chefs de guerre, ces magistrats étaient élus, si aucune compétence n'était nécessaire, comme pour les juges, les magistrats étaient tirés au sort.
Ces pouvoirs pouvaient être énormes, et il y a eu des magistrats très puissants. Mais ces pouvoirs, aussi grands soient-ils, étaient toujours distingué "du" pouvoir politique, la souveraineté, qui restaient dans les mains des citoyens. Ainsi les mandats étaient impératif[6] : les magistrats restaient sous contrôle, ils n'avaient à aucun moment le droit de modifier les règles qui les concernaient.
Conséquence logique : les magistrats étaient surveillés, pouvaient être révoqués à tout moment et étaient jugés à la fin de leur mandat, avec punition ou récompense.

Le tirage au sort (TAS)


Klérotèrion de la grèce antique

L'idée m'a bien fait rire. En classe de seconde, personne ne s'est proposé pour être le délégué. Le professeur nous a alors menacé de recourir au tirage au sort. Comme les cancres ne voulaient absolument pas de cette tâche ingrate, ils ont fait pression sur les "bons" élèves afin qu'ils se présentent. Ouf, nous n'avons pas tiré au sort. Voilà à quoi se résumait mon expérience du tirage au sort en politique.
Pourtant le TAS devient une évidence lorsque l'on considère chaque citoyen comme égal et qu'il faut pourtant sélectionner quelqu'un pour une tâche en particulier. Nous faisons instinctivement de même dans les situations similaires. Jeter un dé ou une pièce de monnaie pour dissocier des éléments égaux n'a rien d'extraordinaire en fin de compte. D'ailleurs nous le faisons aujourd'hui pour les jurés d'assise car nous estimons chaque citoyen, éclairé par le procès, également compétent pour juger une affaire.
Le tirage au sort est un outil évident de sélection face à l'égalité parfaite.
Avec un peu de culture, on s'aperçoit que le TAS a existé tout au long de l'histoire dans les mécaniques démocratiques[7].
Au temps pour le rire d'ignare.

Organisation politique

Les reproches

Cette civilisation antique n'est pas exempte de critiques. Par exemple les athéniens étaient esclavagistes, sexites (pas de citoyennes) et impérialistes (ça leur a coûté cher dans le Péloponnèse). Mais ce sont des traits culturels qui n'ont rien à voir avec le système politique. Ce n'est pas la démocratie qui engendre ces caractéristiques, la démocratie ne fait que coller à la population.
Quant au démos on peut affirmer que 10% de la population (pas de mineurs, pas d'esclaves, pas de femmes, pas d'étrangers) c'est un peu léger. Le principe, encore valable aujourd'hui dans une moindre proportion (mineurs, malades mentaux, etc.), est d'exclure tous ceux qui sont considérés comme inaptes à l'exercice de la souveraineté.
Nous pouvons, sur ce même principe, considérer la France comme une démocratie, avec un démos qui correspond à la classe politique. Mais dans ce cas il faut être honnête et arrêter d'appeler le reste de la population des citoyens.

La démocratie

Bon et bien voilà nous savons à quoi ressemble une démocratie. Le "pouvoir du peuple", dans la Grèce antique, c'était bien le pouvoir du peuple, il n'y a aucun doute possible, simplement parce que le peuple avait le pouvoir souverain d'écrire les règles.
Bien entendu les athéniens pouvaient transférer d'immenses pouvoirs à des magistrats, mais à aucun moment ils ne donnaient le moindre morceau de "cratos", en aucun cas les magistrats, aussi puissants soient-ils, n'avaient le droit de changer les règles.
Cela change tout. La population pouvait se doter de procédures de révocation, de contrôle et de condamnation. Elle ne s'est pas gênée d'ailleurs, il y a de très nombreuses idées à récupérer : n'hésitez pas à vous référer au document du Pr. Senzu[8].
Avec tout ça on devrait quand même pouvoir en retirer quelque chose, des principes, des fondements, adapter, chercher de nouvelles idées. Déjà admettre une bonne fois pour toutes que tout pouvoir corrompt et qu'il faut baser le système sur la défiance, donc transparence absolue, du contrôle partout à tout moment. Des procédures de révocation, des condamnations, des récompenses, mais après le mandat, jamais pendant.
Impossible en France ?
Sans doute, mais pourquoi ?
Parce que dans notre système il y a un problème de conflit d'intérêt lorsque la loi concerne le petit groupe qui produit la loi. Aussi honnêtes et intègres soient nos députés jamais ils ne mettrons des contrôles de leurs travaux en place. Vous le feriez vous ?
Avouez que c'est problématique de ne pas pouvoir légiférer sur les législateurs autrement qu'en passant par les... législateurs eux même.
Je vous propose d'aller voir à la révolution française, ceux qui ont mis en place ce système devaient avoir conscience de ces problèmes.

La révolution française

Voilà un peu plus de 200 ans que notre république a été mise en place avec le suffrage universel. De même qu'aux États-unis. La population s'est soulevée pour renverser la monarchie et prendre le pouvoir. Nous allons voir comment nos ancêtres ont géré le pouvoir souverain et le principe de la démocratie.

Un peu d'histoire

Une conférence de Henri Guillemin très prenante sur la révolution française :



La bourgoisie, jalouse de l'aristocratie qui ne payait pas d'impôts sous la monarchie, désirait plus que tout le pouvoir de la gouvernance. Les révoltes étaient monnaie courante puisque le peuple avait tout juste de quoi manger, il suffisait donc de les armer pour renverser la monarchie. Lors de la montée du prix du pain, l'occasion fut saisie. Puis, comme un peuple armé faisait peur, les bourgeois ont racheté les fusils et créé la Garde Nationale (anciennement "gardes bourgeoises"[9]), pour surveiller la population, afin qu'elle n'aille pas plus loin que le renversement monarchique. La hantise était une foule réclamant la redistribution des richesses.
Mais au fond le roi n'était pas vraiment gênant, tous ce que voulaient la bourgeoisie, c'était le pouvoir.
Une autre révolution moins contrôlée eu lieu en 10 août 1792[10], avec la chute définitive de la monarchie, le début de la Terreur et l'instauration du suffrage universel. 85% des français qui ne savent ni lire ni écrire. 1'300'000 personnes voteront sur les 5-6 millions de citoyens (hey, 75% d'abstention quand même). Résultat : sur les 750 membres de la nouvelle assemblée, deux seulement appartenaient à la classe ouvrière, tous les autres sont des notables.
C'est exactement ce qui était prévu.

Espèce de sale démocrate !

Pendant la révolution française, le peuple était considéré par la bourgeoisie comme incapable de se gouverner lui-même. A juste titre ? Peut être. Du coup "démocrate" était un terme péjoratif pour désigner ces extrêmistes qui voulaient donner la souveraineté au peuple, autant dire des fous qu'il fallait enfermer. Mais ce ne sont pas les démocrates qui ont remporté la partie, notre constitution est née sur un système qui n'était pas du tout voulu comme une démocratie, bien au contraire.

Emmanuel Joseph Sieyès

"Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S'ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l'être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants."

Discours du 7 septembre 1789

Fou non ?
La révolution n'a en fait jamais eu pour objectif de développer la démocratie, le seul objectif était de remplacer une aristocratie héréditaire par une aristocratie élective, donc bourgeoise car ces derniers savaient très bien que l'élection porterait au pouvoir des bourgeois, comme le souligne si bien Alexis de Tocqueville : "Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira.".
Qu'en est-il aujourd'hui ? Je vous laisse deviner[11].

La dérive du mot démocratie

Techniquement parlant, la France n'a jamais été une démocratie, c'est à dire qu'à aucun moment la population a eu le pouvoir souverain d'écrire les règles. Les fondateurs de notre république avaient une sainte horreur de ce système, il n'était pas question de donner le pouvoir législatif au peuple, peu cultivé, trop prompt à l'émotion, incapable de penser le bien commun. C'est une idée élitiste discutable mais que l'on peut entendre. Aujourd'hui, nous sommes dans le même système politique de gouvernement représentatif, mais alors pourquoi est-ce que la France d'aujourd'hui est obligatoirement considérée comme une démocratie ?
La dérive du mot s'amorce dans le tumulte de la révolution et prend corps dans la première partie du 19ème siècle pour des raisons... électorales. Les pères fondateurs, que ce soit en France ou aux USA, avaient parfaitement conscience de la puissance des mots. Il fallait coller des étiquettes, ceux qui perdaient à ce jeu mortel finissaient guillotinés. Certains sont morts pour avoir été fichés comme démocrates. Et quelques années plus tard, le même mot a été utilisé pour marquer sa différence, jusqu'à devenir si fréquent que tout le monde l'utilisait. L'interdiction du mot "république" sous l'empire a certainement joué aussi, il fallait un autre mot. Se présenter comme "démocrate", c'était défendre les pauvres, plus nombreux, contre les riches, et par conséquent ratisser des intentions de vote[12].



Pour accompagner cette dérive il y avait toute une idéologie naissante sur la démocratie, afin de lui donner un autre sens. La pensée de Alexis de Tocqueville[13] sur le sujet est très éclairante : il oppose d'un côté une société aristocratique figée et héréditaire et d'un autre côté une société "démocratique" basée sur la liberté et l'égalité où le riche peut s'apauvrir et le pauvre s'enrichir.
Il ne faudrait donc plus voir la démocratie dans son sens politique (quel corps possède la souveraineté), mais dans un sens social. C'est à dire que la population, par sa liberté et les possibilités qui lui sont données, dispose d'un pouvoir d'orientation de la société. Ici cratos ne signifie plus du tout "souveraineté", mais "influence".
Véritable leçon de manipulation.

La contrefaçon linguistique

Dans la démocratie moderne la notion de pouvoir est devenue extrêmement floue. Le mot peut être utilisé à n'importe quelle sauce, pouvant signifier tout et son contraire.
Une dilution du sens qui engendre ce paradoxe bien connu entre notre certitude de vivre en démocratie, donc d'avoir le pouvoir, et le constat amer de notre impuissance politique.

Jeux de pouvoirs

Nous sommes donc passé d'un cratos-souverain à un cratos-influence, d'un pouvoir primordial à un pouvoir fourre-tout, flou et variable.
Nous obtenons ainsi un indice de démocratie[14] qui peut être quantifié dans une structure, selon que l'individu a plus ou moins d'influence sur les décisions.
Dans cette état d'esprit moderne nous comprenons très bien l'importance de la liberté et de l'élection, deux outils indispensables à un taux de "démocratie" minimum.
Très bien, admettons.

Une monarchie démocratique

Si "démocratie" s'applique à tout régime où le peuple a "suffisamment" d'influence, on peut l'accoler à de nombreux systèmes. Imaginons une monarchie absolue qui possède une constitution basée sur le droit de la population à posséder des armes et à se battre elle-même quand elle le juge nécessaire. Dans cette nation imaginaire il n'y a donc pas d'armée. Le Roi, qui possède le pouvoir legislatif, craint sa population et produit donc des lois en étant très influencé par la volonté de la population qui n'hésite pas à manifester.
Conformément à la définition moderne de la démocratie, ce régime est bien plus démocratique que notre république dans la mesure où la population dispose d'une capacité d'influence bien supérieure.
On peut aller plus loin en imaginant une théocratie démocratique ou même une dictature démocratique.
Du coup on est en droit de se demander s'il est judicieux de baser la définition du meilleur régime possible sur une notion aussi délicate à mesurer et aussi facilement détournable que la volonté populaire et son influence supposée ou réelle. C'est d'ailleurs pour cette raison que les dictatures se disent démocratiques. Vous connaissez l'appellation du régime de la Corée du Nord ?
"La République populaire démocratique de Corée"

Les régimes en cratos

Pour bien mettre en relief le curieux changement de sens du mot démocratie il suffit de regarder l'évolution des autres mots en cratos. Quand on s'aperçoit que les autres ont toujours leur sens d'origine, on commence à se demander ce qui est arrivé au mot démocratie.
Une théocratie c'est lorsque le religieux est souverain et sert de base à l'écriture des règles de la société. Si les religieux devaient élire des guerriers et que ces derniers écrivaient des règles contraires au livre saint, nous n'appelerions pas ce régime une théocratie. C'est pourtant exactement ce que nous faisons avec la démocratie moderne : par l'élection la population donne son pouvoir aux membres d'une classe bien spécifique (la classe politique) et par conséquent ne l'a plus.

Démocratie, corporatocratie et particratie

La population dispose d'une influence sur l'élu, c'est indéniable. Mais c'est loin d'être la seule influence, nous le voyons tous les jours avec les partis politiques qui font pression sur les élus pour que ceux ci prennent des décisions allant dans le sens du parti. Plus influents encore, et dans l'ombre, ce sont les financeurs des campagnes électorales.
Si cratos doit changer de sens et signifier une influence sur les décideurs, la moindre des choses serait d'ajouter "particratie" et "corporatocratie" à côté de "démocratie" dans notre constitution.

Du sens des mots

En France, techniquement, ce sont les députés qui ont le pouvoir d'écrire les règles, ce sont eux qui sont souverains, eux qui ont "le" pouvoir. La France ne devrait donc pas être considérée comme une démocratie. Nous devrions plutôt parler d'oligarchie[15], un "petit groupe qui commande", à savoir les politiciens professionnels, même si la rotation se fait entre deux grands partis. Mais ce mot ne nous donne pas beaucoup d'information sur la nature de ce petit groupe.
Si nous demandions aux grecs de l'antiquité de désigner notre régime politique, je suis certain qu'ils trouveraient un nouveau mot. Comme prosocratie par exemple, "prosopos" est utilisé en grec dans le mot "représentant" et signifie "visage". La prosocratie : le pouvoir aux représentants.

Le vrai visage du régime représentatif

Pour tout digne héritier de Platon il n'y a aucun problème à penser qu'une élite est mieux placée que l'ensemble de la population pour décider du destin de la nation. Après tout, si l'élection permet de donner le pouvoir aux meilleurs d'entre nous le principe est parfaitement défendable, comme tel. Tout comme le disait Aristote : "Les élections sont aristocratiques et non démocratiques : elles introduisent un élément de choix délibéré, de sélection des meilleurs citoyens, les aristoï, au lieu du gouvernement par le peuple tout entier.".

Camouflage démocratique

L'entourloupe vient du fait que le régime représentatif ne s'assume pas comme élitiste. Voilà 200 ans que le discours officiel est d'affirmer que le peuple possède le pouvoir, symbolisé par l'article 2 de notre constitution : "le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.".
Cette phrase sonne faux, et pour cause : le peuple n'est pas souverain, il n'a pas le pouvoir politique, il n'est pas au dessus de tout comme l'étaient les citoyens athéniens dans l'antiquité. D'où la nécessité pour la classe politique de déformer le mot cratos pour à la fois affirmer à la population qu'elle possède le pouvoir tout en s'accaparant le droit d'écrire les règles.
La moindre des choses, si l'on est un peu honnête et que l'on souhaite conserver l'élection de représentants, serait tout d'abord de cesser d'affirmer que ce régime est "le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.".

L'impossible rêve

Si la population est persuadée de vivre en démocratie, qu'elle est persuadée d'avoir le pouvoir, tout est terminé. Les plus rebels d'entre nous chercheront des améliorations, immédiatement anéanties dès que l'on s'approche des prérogatives des gouvernants qui gardent la main sur la loi. Pour les autres c'est la résignation, le rêve bloqué. Quoi de mieux que la démocratie, de toute façon ? Rien. A quoi bon se révolter alors...
Je ne sais pas qui a eu cette idée brillante de récupérer le mot démocratie pour le compte du régime représentatif, mais en tout cas en terme de stérilisation des révoltes c'est brillant !

Le combat incompréhensible

Par définition l'élection est anti-démocratique puisqu'elle prive le citoyen de son pouvoir souverain en le transférant au représentant. Mais contester la démocratie moderne, remettre en cause la seule capacité d'influence du peuple (l'élection), c'est se retrouver cataloguer dans les fascistes et autres anti-démocrates.
Nous assistons à un combat entre démocrates (de la définition moderne) et démocrates (de la définition antique) qui s'accusent mutuellement d'être anti-démocrates, et à juste titre selon la définition de chacun. Pour l'individu lambda c'est à n'y rien comprendre.

Le complot sémantique

C'est avec une certaine dose de machiavélisme que les politiciens du 19ème siècle ont tordu le sens du mot "démocratie", ce mot si puissant à fort potentiel électoral. Ils ont réussi à l'attacher au régime représentatif avec un tel brio qu'il est inconcevable aujourd'hui de le remettre en cause. Et les avantages de la récupération sont nombreux :
* Terminus politique, nous ne pouvons pas trouver mieux que la démocratie, inutile de chercher.
* C'est ça la démocratie, nous pouvons oublier la vraie. Les démocrates (les vrais) sont dépouillés.
* Une révolte ? Vous êtes opposé à la démocratie. Vous êtes opposé au peuple.
L'alternative consisterait à imaginer comme sincère la vision du pouvoir du peuple, son influence sur l'évolution de la société, avec l'importance de la liberté et l'usage du mot "démocratie" pour désigner une société. Mais la classe politique ne s'est jamais assumé comme élitiste, le pouvoir d'écrire les règles ne s'est jamais présenté comme une prosocratie, il y a toujours eu ce discours hypocrite du pouvoir du peuple pour le flatter et rendre floue la notion de pouvoir.
Sincèrité ou manipulation, ce qui est important c'est de constater que la récupération idéologique de la démocratie a eu lieu et qu'aujourd'hui il est difficile d'en sortir.
Les hommes politiques n'y ont aucun intérêt et la population se plaît à croire qu'elle possède "le" pouvoir par cette si faible influence qu'est l'élection.
Mais il n'y a pas de fatalité, une fois que le blocage a sauté, nous pouvons à nouveau rêver.

Comparons

Nous allons faire un effort d'imagination pour mettre en place une démocratie en France. Le peuple devient souverain, c'est le peuple dans son ensemble qui propose, débat et vote les lois, non plus les députés. Attention, nous conservons les élus et les élections, le système reste tel quel, quitte à continuer d’élire des députés dont le seul rôle sera d'animer les débats politiques à la télévision.
Et on compare avec notre prosocratie actuelle. Prêt ?

Maîtrise de la loi

Dans une prosocratie la population peut faire pression, par l'élection, les pétitions ou les manifestations pour engager des changements. Il faut des mouvements d'ampleur, mais c'est possible. Du moins tant que l'on reste en dehors des intérêts des élus. Pour tout ce qui est finance, contrôle des élus, etc. c'est impossible.
Dans une démocratie, le peuple est gouvernant et gouverné. Nous avons éliminé l'épineux problème du conflit d'intérêt. Les cadres des autres pouvoirs (exécutif, judiciaire, administratif, etc.) peuvent être remaniés. Ainsi le peuple peut reprendre le contrôle de certains pouvoirs décisionnels, au niveau de la cité, de la région ou de l'état et laisse les magistrats s'occuper des affaires dont la population n'a pas envie de s'occuper.

Les hommes de pouvoir

Ceux qui se présentent aux élections d'une prosocratie veulent le pouvoir - c'est la moindre des choses - mais pas seulement. Ils se sentent capables de vaincre leurs concurrents, de se battre pour obtenir ce pouvoir. Même si l'on reste dans le cadre de la légalité - rire ? - les gens qui sont candidats sont ceux qui désirent le plus ce pouvoir, au point d'en être une drogue. Ceux qui sont prêts à tout auront un avantage indéniable. Ils ont aussi besoin d'argent pour leur campagne, c'est très bien s'ils parviennent à trouver de manière légale et transparente - rire ? - mais le système reste propice à la corruption. Et bien entendu nous subissons cette détestable démagogie car le candidat a bien besoin du plus grand nombre de voix.
Est-ce vraiment une bonne idée de laisser ces gens là décider de tout, y compris de notre capacité à les contrôler ?
Dans une démocratie les hommes de pouvoir sont mandatés pour des tâches précises. La population garde le pouvoir souverain et conserve donc le contrôle de la situation, pouvant instaurer plus de contrôle ou alourdir les peines. Nous sommes très loin du panier à crabe de la prosocratie.

La compétence du peuple

Oui dans notre prosocratie actuelle le peuple est probablement incapable de s'émanciper politiquement. Mais contrairement à ce que veulent faire croire les prosocrates détracteurs de la démocratie, ce n'est pas une fatalité, la population n'est pas incapable de gouverner par nature. Elle le devient en étant écartée de la politique, et maintenue le plus loin possible à grand coup de discours technocratiques et paternalistes. Les athéniens dans l'antiquité l'ont fait, ils n'étaient pas moins idiots que nous.
Il s'agit donc d'un faux problème. La population redeviendra parfaitement capable de gouverner quand on lui en donnera l'occasion.

L'abstention

Un problème qui s'aggrave jour après jour dans notre prosocratie. Que donnerait ce phénomène dans une démocratie ? Et bien, peut être un taux d'abstention encore plus élevé. Donc au lieu d'avoir une élection avec 40% d'abstention, nous aurions une loi votée avec 60% d'abstention.
De quoi combattre la démocratie ? Oui, si l'on considère l'abstention comme un problème.
Maintenant, quitte à bouleverser nos idées reçues, on peut se demander pourquoi l'abstention est un mal profond encré dans notre esprit collectif ?
La réponse est simple : avec un mandat représentatif, les gens qui s'abstiennent ou votent blanc peuvent le faire par opposition aux candidats, ce qui pose un problème de légitimité des décisions prises par le gagnant.
Ce problème n'existe pas dans l'abstention pour le vote d'une loi. L'abstention ne peut pas être une opposition au "oui" et au "non" de la loi votée. A propos d'une loi, l'abstention représente un désintérêt, une égale envie de voir la loi votée ou non, ou une confiance envers des concitoyens mieux informés.
Par exemple je n'ai pas le permis, je n'ai pas de voiture, du coup une règlementation de la vitesse sur autoroute, je m'en fiche complètement, je m'abstiendrai, ou je voterai blanc (c'est exactement pareil dans une démocratie), c'est à dire moitié "oui" moitié "non", ce qui correspond à mon opinion.
L'abstention sera peut être plus élevée dans une démocratie, mais ça n'est pas un problème.

La corruption

Toute corporation qui dispose d'un budget "cadeau" conséquent préférera toujours une prosocratie dans laquelle une poignée de politiciens ont besoin d'argent pour leurs campagnes électorales et qui, une foi élu, ont tout pouvoir sur les lois, sans aucun contrôle.
Ce n'est pas possible de corrompre toute la population d'une démocratie, ça n'a pas de sens.

La manipulation médiatique

Dans une démocratie la population vote les lois et peut se faire facilement manipuler par les médias. Les véritables décisionnaires seront donc ceux qui ont les moyens d'impacter sur le plus grand nombre.
C'est parfaitement vrai.
Mais il ne faut pas oublier que les députés dans notre prosocratie actuelle ne sont pas moins sensibles à ces manipulations, et ils ne feront jamais rien pour rendre les médias indépendants puisque ces derniers appartiennent aux groupes qui financent les campagnes électorales.
Alors qu'en démocratie la population est souveraine. C'est un concept qui n'est pas simple à appréhender pleinement. Les athéniens avaient mis en place l'ostracisme, c'est à dire le bannissement d'un individu que l'on jugeait trop dangereux par sa capacité à manipuler les foules. Dans une démocratie, qu'est-ce qui empêche la population de donner une véritable indépendance aux médias ? Rien, justement.
Plus généralement la démocratie peut poser de nombreux problèmes, mais elle possède intrinsèquement la possibilité de les régler rapidement et efficacement. C'est sa grande force.

La politique

Le sens commun de la politique, c'est un synonyme de la lutte de pouvoir, comme cela a existé partout et de tout temps. Quand on entend parler de "politique politicienne" ou de "bête politique", de "manoeuvre politique", c'est de la lutte de pouvoir.
Il est tout à fait normal que ce mot soit un repoussoir pour la grande majorité de la population.
Mais ce n'est pas ça la politique.
Les athéniens n'ont eu de cesse de chercher l'organisation la plus juste possible, la meilleure façon de vivre ensemble. En ce sens ils ont donné de la noblesse au mot "politique".

Le tirage au sort et l'élection

Conceptuellement le tirage au sort peut faire peur. Et en effet, utilisé n'importe comment il va engendrer des situations grotesques voire dangereuses. C'est un outil, rien de plus, comme tout autre outil il faut savoir l'utiliser correctement. Commençons par poser l'idée centrale d'égalité. Si l'on doit sélectionner un certain nombre d'individus parmi un panel plus large, il faut que les individus soient considérés comme également compétents pour que le tirage au sort soit pertinent.
Il est par exemple très dangereux de tirer au sort les policiers de la population, car ils possèdent un permis de coercition individuel, mieux vaut ne pas le donner à n'importe qui.
Par contre une fois les tests d'aptitudes physiques et psychologiques passés, il n'est pas impossible de tirer au sort.
Mais le tirage au sort est surtout très intéressant dans la formation des assemblées, c'est à dire les cas où la personne tirée au sort ne dispose pas d'un pouvoir individuel, elle ne fera que participer à un groupe qui produira des décisions ou des propositions de façon collégiale. Nous le faisons déjà avec les jurés d'assises - reliquat démocratique de notre histoire - et personne ne trouve rien à redire. Si sur un groupe de 1'000 personnes il y a deux fous et trois nazis, c'est pas bien grave. D'ailleurs la loi des grands nombres[16] nous enseigne que le tirage au sort est encore le meilleur moyen d'obtenir une assemblée représentative ("qui ressemble à") de la population.
Il y a aussi les filtres que nous pouvons appliquer à la population de départ. Nous le faisons déjà en ne prenant que les citoyens majeurs. Mais il existe pleins d'autres idées, comme le volontariat.
D'autres idées que je trouve passionnantes venant de Le Message[17] : prenons comme base l'ensemble de la population française majeure. Chaque citoyen indique trois personnes qu'il considère apte pour la tâche. A lui de déterminer les vertus nécessaires : beauté, honnêteté, intégrité, dévotion, grande-gueule, humour, etc. Nous obtenons une liste, longue, avec des noms sélectionnés une fois ou plusieurs fois. Dans cette liste on retire la portion basse (nom pas assez choisi) et la portion haute (trop choisi : campagne électorale). Vous obtenez la meilleure liste qui soit pour un tirage au sort.
Ce ne sont vraiment pas les idées qui manquent pour faire du tirage au sort un outil puissant et efficace. Pour certains le tirage au sort est un outil central pour une démocratie digne de ce nom[18].
Comparé à l'élection, le TAS dispose d'autres atouts. En effet la campagne électorale est sans doute ce qu'il y a de pire en matière de clivage et de guerre fratricide. Les vaincqueurs se sentent puissant, les vaincus sont amers. Dans le tirage au sort rien de tout cela, les relations sont apaisées et chacun possède une chance égale de contribuer.

Le rapport au temps

Voilà immanquablement un argument en faveur de la prosocratie car oui, c'est un fait, la citoyenneté demande du temps. Le statut seul de citoyen demande du temps. Ceci étant, il n'y a aucune obligation de participer à tous les débats et toutes les prises de décisions, l'important est de conserver son pouvoir intact au cas où un sujet intéressant arrive.
Nous pouvons aussi imaginer une démocratie avec un système électoral comme aujourd'hui, mais avec des procédures simples pour que la population puisse s'emparer de n'importe quelle question en prenant l'ascendant sur les élus. Humilité garantie pour les législateurs.
Pour les plus curieux je vous invite à étudier le principe de "démocratie liquide", un formidable concept qui facilite la procuration, permettant ainsi de donner son pouvoir de décision et le reprendre à tout moment. Il est donc possible pour les moins politisés de confier sa voix à quelqu'un proche en terme de conviction.
C'est aussi pour cette raison que le revenu de base est un instrument indispensable à l'épanouissement d'une démocratie.

Et vous ?

Êtes-vous démocrate ou prosocrate ? Considérez-vous qu'une élite est mieux placée pour gouverner que la population dans son ensemble ? Si vous êtes prosocrate, puis-je diagnostiquer une démocratophobie ? C'est un phénomène courant directement issu de la pensée platonicienne et très bien entretenue par l'oligarchie en place. Pour y remédier je vous invite à étudier les différents cas où l'intelligence collective fait des merveilles, vous verrez par vous-même que la population est la mieux placée pour prendre les décisions qui la concerne.

Démocratophobie

Cette section est dédiée à tous ceux qui craignent la décision de la majorité, à ceux qui pensent que le peuple est incapable de penser au bien commun, ou ceux qui s'imaginent la démocratie comme un sondage d'opinion permanent.
Les exemples ci-dessous ne sont pas forcément démocratiques en ce sens qu'ils ne donnent pas le pouvoir d'écrire les règles aux citoyens, mais présentent néanmoins des notions importantes pour l'émergence d'une démocratie.

La démocratie des athéniens, antiquité

Une (vraie) démocratie pendant deux cents ans quand même, avant de subir les revers militaires qui ont provoqués sa chute. C'est tout de même une preuve que le système tient la route sur la durée. Au moins à l'échelle de la ville. Il est toujours bon de discuter des problèmes que pourrait poser une démocratie de plusieurs millions de personnes, mais grâce à ce seul exemple, nous savons qu'une population est parfaitement apte à se gouverner sans sombrer dans le chaos.

France, 1870-1871

Pendant quelques semaines la démocratie s'est invitée dans certaines communes de France.
* Citoyenneté aux étrangers
* Membres de l'assemblée révocables, comptables et responsables, avec un mandat impératif[18].
* Mouvement d'émancipation des femmes.
...
La liste est longue.
DOSSIER – La tradition française de la démocratie directe locale et l’idée de confédéralisme municipal : des pistes de solutions sociales, économiques et politiques ? (III)
Commune de Paris (1871)

La Suisse, aujourd'hui

Les suisses ont un formidable outil démocratique : le référendum d'initiative populaire. Un individu ou un groupe écrit un texte et lance une pétition sur une durée déterminée. Si la pétition atteint quelques pourcents de la population un référendum est organisé. Si la proposition est validée les législateurs doivent la mettre en application. Formidable non ?
La liste des initiatives populaires fédérales en Suisse.
Mais la suisse c'est aussi une longue tradition démocratique dès l'échelon local : Le citoyen ordinaire au pouvoir : la prise de décision politique par les assemblées locales d’habitants en Suisse !

Marinaleda, aujourd'hui

En Espagne, à Marinaleda les gens se réunissent, prennent les décisions ensemble. Pour le coup il s'agit bien d'une démocratie.
Marinaleda, un village en utopie (Youtube)

Vandoncourt, aujourd'hui

La démocratie "participative" depuis 1971 dans la Franche-Comté.
http://www.etfaitsplanete.org/node/428
Wikipédia
Petit extrait : "Quand on laisse l'intelligence collective gérer les décisions ... on s'aperçoit que "les gens d'en bas" prennent des décisions courageuses et d'intérêt général sur le long terme". Le principe a créé des citoyens actifs, une population qui s'engage politiquement. Des élections municipales gagnées par l'équipe municipale apolitique avec un score de 75 à 90%, c'est dire l'adhésion à ce système.

Grigny, aujourd'hui

Principe d'une démocratie participative : donc ce n'est pas du tout une population souveraine, mais simplement une plus grande implication de la population dans la vie politique et en bout de chaîne le vote d'un budget participatif par une assemblée tirée au sort. 441'000 euros d'investissement quand même.
Tirage au sort de conseils de quartier pour voter les budgets (Youtube)
Le TAS à Grigny (Vidéo)
Le 20H de TF1 : la ville de Grigny montrée en exemple (Vidéo)

Saillans, aujourd'hui

Je vous laisse découvrir ce qui s'est passé, c'est tout simplement passionant :
A Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour !

Scop et Sapo, aujourd'hui

La principe démocratique en entreprise :
Une scierie qui travaille autrement

Agir

Les élus veulent absolument vous faire croire que la citoyenneté se réduit à l'élection. Il n'y a rien de plus faux. Place aux actions.

Faut-il continuer d'élir des représentants ?

C'est une question délicate. Notre système actuel permet à un seul individu de se donner en toute "légitimité" tous les pouvoirs si tous les autres s'abstiennent. L'élection avec candidature favorise le culte du chef, le clivage de la population, la stigmatisation, la corruption et la démagogie, quand ce n'est pas le mensonge. Le mandat représentatif (cumulable et renouvelable) que nous offrons pour longtemps à nos élus leur permet de prendre n'importe quelle décision sans contrôle, sans révocabilité, sans possibilité de sanction.
Ce système est extrêmement dangereux, je ne sais pas si nous pourrions imaginer plus efficace pour permettre légitimement aux pires d'entre nous d'accaparer le pouvoir, d'une oligarchie financière au dictateur charismatique.
Mais ce n'est pas tout, soit vous participez et vous donnez le pouvoir à des gens dangereux, soit vous ne participez pas et vous permettez à des gens encore plus dangereux d'accéder au pouvoir. C'est un piège vicieux et efficace qui fera de vous le coupable quoi que vous fassiez.
Sur le principe, l'abstention est le choix du démocrate qui, s'il ne peut pas changer ces règles dangereuses, se doit au moins de ne pas donner son pouvoir volontairement.

Le référendum d'initiative citoyenne

Le RIC. Comme en Suisse, afin que le peuple puisse se saisir de n'importe quel sujet, le placer au centre des débats et forcer le legislateur à l'inscrire dans la loi. Il suffit d'observer les combats culturels, sociaux, sociétaux, économiques, écologiques se dérouler avec une impuissance politique frustrante pour saisir toute l'importance de ce combat là.
Prenez le sujet que vous voulez : retraites, nucléaire, Union Européenne, guerres, chasse, intermittents, justice, cannabis, immigration... Quels que soient les combats qui vous tiennent à coeur, aussi louables et nobles soient-ils, les institutions actuelles vous maintiennent dans l'impuissance politique. Alors prenez le pouvoir d'abord.
Le peuple aura, à ce moment-là la possibilité de décider des lois, conjointement avec le parlement. Nous aurons un régime mixte Démocratie / Prosocratie.
S'il y a bien un combat qui devrait pouvoir réunir toutes les énergies c'est celui ci.
N'hésitez pas à vous engager :
http://www.article3.fr/

Les gentils virus

Un groupe informel qui se donne pour objectif de transmettre la véritable notion de démocratie. Ils se réunissent par zone géographique afin de construire des projets concrets.
Gentils Virus (vous me trouverez sur la carte, au Vietnam)
Le groupe facebook des Gentils Virus
Réseau des Gentils Virus
Liens Utiles

L'élection avec Démocratie Réelle

Si l'on est fondamentalement démocrate, il est cohérent de refuser d'élire un représentant qui va s'accaparer votre pouvoir politique.
Néanmoins il existe des initiatives qui prônent la mise en place de la démocratie, la vraie. Ce sont des listes qui proposent de hacket le système électoral en redonnant le pouvoir à la population en gagnant une élection. C'est le cas par exemple de Démocratie Réelle qui propose de tirer au sort des mandataires dont la seule fonction sera de transmettre le vote de la population :
http://www.democratiereelle.fr/
La Contre Election Européenne expliquée en images (vidéo)
A Cognin, la proposition d'une liste tirée au sort :
Tirage au sort à Cognin

Le message

Voilà le site qui m'a réveillé. Celui qui m'a bien fait rire avec le tirage au sort, à cette époque pas si lointaine pleine d'innocence, ou d'ignorance.
La constitution, la loi des lois, peut être le morceau de papier le plus important et celui dont tout le monde se fiche. L'objectif ici est de faire en sorte de ne pas laisser les politiciens professionnels écrire la constitution
Le Message
La Vraie Démocratie

Références

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Commentaires

Hydronium
Maintenant en complément à le-message.org il y a lavraiedemocratie.fr pour développer les arguments et répondre aux objections courantes ;-)

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Ataraxia
Cette page, c'est vraiment du bon boulot…

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alexis
j'ai vraiment bien aimé le fond et la forme. C'est clair, agréable à lire, bien aéré avec les photos et la table des matières et donc le message passe bien.

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McGregor777
Un sujet passionnant qui donne envie de se libérer de la "prosocratie".

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Yann
un excellent travail de synthèse:
merci pour cet expose
a recommander a tout bon citoyen!
une page internet en favori.
Merci

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Romain
Voilà un site vraiment super que je vais me presser de partager à tous mes amis. Le travail réalisé est vraiment énorme, simple et clair à comprendre même lorsque l'on ne connait pas bien le sujet.

Merci beaucoup

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Sinsé
" ... la parole à Cornelius Castoriadis qui vous expliquera bien mieux que moi la démocratie athénienne ... " -

Cette vidéo n'existe pas

Dommage

Cré-@ctivement votre
Sinsé
1 réponse


Yokho
Juste 4 fois que je la change...
Merci !

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Loup Rebel
Merci pour cette page pédagogique d'excellente facture.
Très complet, présentation claire et accessible à tous.
J'espère que l'hébergeur tient la route, car je ne serai certainement pas le seul à partager copieusement.
Cordialement,
Loup

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Moi
Deja, les habitants de la Grece sont les Grecs. Les Grecques, ce sont les femmes de Grece. Comme justement elles n'avaient pas le droit de vote, il vaut mieux revoir l'orthographe de cette page.

Aussi, la Grece etait composee de plusieurs citees, et ce que vous decrivez est la democratie Athenienne a une certaine periode. En faire le mode de gouvernement de toute la Grece antique est un peu abusif...
1 réponse


Yokho
Très juste ! Je corrige.

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Thomas
Dans les détournements sémantiques, vous pouvez ajouter le terme de "représentant" qui est en fait un gouvernant non représentant car rarement représentatif...

La notion de "représentant politique" est donc très rarement juste mais c'est encore une fois le pouvoir des mots, comment s'opposer aux "représentants" du peuple ?
1 réponse


Yokho
C'est moins clair, car le terme est polysémique.
Si je dis que cette boule orange représente le soleil, je veux créer une image qui est censé reprendre les caractéristiques du soleil. Ou quand ma fille dessine pour représenter une maison, ou une voiture.
Mais il y a un autre sens, l'empereur envoie un magistrat censé le représenter. Il s'agit ici de représenter l'empereur dans le sens "parler en son nom", pas de lui ressembler.

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Eric
Merci pour cette page web éducative. Toutefois je m'inquiète d'une tendance actuelle, qui me semble contreproductive voire éventuellement dangereuse : inciter à ne pas voter en 2017 ... au lieu de dire de "votez massivement pour ceux qui s'engagent dans leur programme à instaurer une démocratie participative digne de ce nom" (ou a minima vont dans ce sens). Avec l'absention ou le vote blanc/nul, à moins de croire dans la 'génération spontanée', nous ne sommes pas prêts de voir arriver cette vraie démocratie en France. Mais si vous avez une autre solution efficace rapidement pour passer de la prosocratie actuelle à la démocratie TAS sans aller voter, il serait bon que vous la développiez pour plus de crédibilité/cohérence.
A Vaudoncourt (cité en exemple), il y a bien eu élection et vote, non ?
1 réponse


Yokho
Sur le fond il y a un problème de cohérence à tenir un discours d'émancipation citoyenne et encourager à élire au mandat représentatif.

Après utiliser le système électoral, le seul légal actuellement pour occuper le pouvoir, afin de mettre en place ou faire avancer les principes de décisions populaires, c'est du hacking. C'est une solution totalement envisageable.

Reste que, au niveau présidentiel c'est impossible, trop de pouvoir en jeu dans une société qui n'est pas encore majoritairement consciente de ces problèmes.
Il ne reste que la question de la communication : mieux vaut-il proposer d'élire des représentants de la cause citoyenne, ou mieux vaut-il proposer l'abstention pour bien appuyer l'idée de la fin du régime représentatif et favoriser l'arrivée d'idées alternatives.
A chacun de voir.

Vous pensez à quel parti/mouvement/personne ?

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Alex
Énorme merci pour cette page!

Très clair, bien présenté, c'est de l'information limpide comme de l'eau de roche qui donne envie de s'abreuver de savoir.

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